Salon des Maires : la ville connectée au service des citoyens

1d512bc6-4d20-4156-9d30-371ade3f2713Nous nous sommes rendus au Salon des Maires et des Collectivités Locales, qui a eu lieu au Parc des Expositions, Porte de Versailles à Paris, début juin 2016.

Pendant trois jours, le salon des Maires rassemble de nombreux maires et agents territoriaux autour notamment de stands promouvant des équipements pour les collectivités. Par exemple des terrains de football synthétiques ou des luminaires décoratifs de fin d’année.

En revanche, les solutions numériques pour les villes, moins spectaculaires sont bien moins visibles. Nous avons assisté à l’atelier technique « Ville connectée : la technologie au service des citoyens. Quels enjeux et quelles obligations de développement pour les collectivités ? ». Organisé par le groupe Moniteur, spécialisé dans la presse professionnelle, l’atelier était animé par Jacques Darmon, directeur éditorial de la revue LUX, avec la participation d’Anne-Sophie Bordry, fondatrice et PDG de Medicis Web, Juan Lopez, responsable de l’innovation chez Axians, Jean-Marie Bourgogne du collectif Open Data France.

Cet atelier, vulgarisé, à destination d’un public néophyte, a eu cependant le mérite de poser le contexte de la problématique actuelle des villes numériques, dont nous faisons une brève synthèse.

Il a été rappelé que nous sommes en train d’assister à une croissance exponentielle du nombre d’objets connectés, 25 milliards en 2015, il devrait passer à 80 milliards de périphériques d’ici 2020 en Europe. Cette croissance est assortie à une explosion du nombre de données générées : elle est estimée par IBM à 2,5 trillions de données soit 1 milliard de milliard de données chaque jour, dont 80% sont détenues par les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon).

Les villes se doivent d’évoluer en même temps que leurs habitants, d’autant plus que le numérique représente une opportunité sans précédent pour elles. Cependant, une ville numérique n’est pas nécessairement intelligente, et de la même manière, même à l’ère du numérique, une ville intelligente n’est pas nécessairement numérique. Par exemple, poussée à l’extrême, la ville intelligente expérimentale Masdar devient inhumaine et est délaissée par ses habitant. La ville intelligente doit nécessairement être au service de ses habitants, qui en deviennent les contributeurs, et pas seulement ses consommateurs ou des capteurs ambulants.

Les enjeux de l’appropriation de solutions numériques pour la ville, tels que définis par Jean Marie Bourgogne, sont :
– l’inclusion, nécessitant que tous les administrés soient équipés,
– la vigilance quant au fait de prendre garde au fait de privilégier les usages face à la technologie : de ne pas s’efforcer d’appliquer une technologie innovante à tout prix qui ne réponde pas à un besoin d’usage,
– l’émancipation de la ville et de ses habitants et pas seulement leur divertissement.

Au-delà de ses enjeux du numérique, la ville intelligente se doit de ne pas perdre de vue ses objectifs primaires : être juste, démocratique, accueillante, prospère et résiliente.

Les données et leur exploitation par les collectivités territoriales représentent un levier important pour les villes, mais il convient de garder en tête leurs risques : elles peuvent être recueillies pour un usage à un moment et être réemployées à des fin différentes à un autre. Sources de services nouveaux, les données relatives aux citoyens et à leur environnement peuvent aussi être employées pour leur contrôle : si leur usage par exemple pour mieux gérer les catastrophes naturelles fait consensus, la surveillance des citoyens ou la gestion des débordement sociaux est source de débats. Pourtant, une fois recueillies, les données deviendront les outils des élus suivants, avec le risque de leur emploi pour des fonctions non désirées à l’origine.

Une fois ces conditions posées, la créativité est la seule limite à l’emploi des données pour la ville intelligente : on a par exemple parlé de solutions pour le transport, avec la diminution des embouteillages grâce aux véhicules connectés, pour la sécurité alimentaire, avec des boîtiers de suivi de la chaîne du froid.

Enfin la réussite de la mise en place de telles solutions est conditionnée par la volonté politique des élus en place et donc par extension par l’échelle de temps nécessaire pour leur optimisation – posant la question de la constance de leur emploi au fil des mandats-,  par leur maîtrise par des services compétents et leur transversalité.

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L’avis de Verteego : si cette conférence a sans aucun doute réussi à vulgariser le concept de ville connectée et à en poser clairement les enjeux, nous nous attendions toutefois à y découvrir plus d’études de cas concrètes, françaises ou non, que les maires et élus locaux auraient pu s’approprier facilement de surcroît. Ce qui nous fait penser que les réalisations sont encore timides, et qu’on en parle beaucoup plus, de ville numérique connectée, que ce que les budgets de nos collectivités ne permettent d’appliquer. D’où notre interrogation : en 2016 en France, la ville connectée est-elle un mythe plus qu’une réalité ?