L’université du Futur … ou celle de Minority Report

Grâce aux cartes de ses élèves, requises pour entrer et sortir des bâtiments scolaires (mais également pour aller à la bibliothèque, accéder au cinéma ou aux salles de sport du campus, consommer café et friandises, etc., portant dès lors à près de 700 les emplacements enregistrant ces interactions), l’Université de l’Arizona effectue un suivi des cartes d’identité des étudiants de première année pour prédire ceux les plus susceptibles de décrocher, d’abandonner ou de se voir renvoyer.

« En analysant leurs traces numériques, vous pouvez explorer leurs modèles de mouvement, de comportement et d’interactions, et cela vous en dit beaucoup sur eux », a déclaré Sudha Ram, professeure de management des systèmes d’information, qui dirige l’initiative.

Les chercheurs ont pour l’heure recueilli les données des élèves de première année sur une période de trois ans, et ont constaté que leurs prédictions pour savoir qui est le plus susceptible de les quitter étaient exactes à 73%. Il est également prévu de donner aux conseillers pédagogiques un tableau de bord en ligne pour examiner les données des étudiants en temps réel.

Notamment, en croisant ces données sur l’activité des étudiants, leurs performances scolaires et l’aide financière reçue, l’université crée chaque trimestre des listes des étudiants de première année les plus enclins au décrochage, et les partage avec son personnel. « Ceux qui ont des cercles sociaux qui rétrécissent et un manque de modèles de comportement établis (routiniers) seraient davantage susceptibles de décrocher », croit savoir Sudha Ram.

Les chercheurs universitaires espèrent ainsi identifier les étudiants nécessitant un accompagnement plus important et améliorer le taux de rétention global.

« Dès le premier jour de cours, même pour les étudiants de première année, ces analyses prédictives créent des indicateurs très précis qui éclairent ce que nous faisons pour soutenir les étudiants dans nos programmes et notre pratique», explique Angela Baldasare, vice-recteur à la recherche institutionnelle à l’UA.

Les taux de rétention de l’Université de l’Arizona en 2017 ont augmenté à 86,5% pour les résidents et près de 89% pour les étudiants internationaux. À titre de référence, l’Université de Columbia, Yale et l’Université de Chicago sont toujours en tête avec un taux de rétention de 99%, tandis que la moyenne nationale américaine se situe autour de 78%.

Ram va jusqu’à comparer les prédictions aux efforts d’apprentissage automatique d’Amazon : « En faisant ces interventions d’ici la 12e semaine, quand le « destin » des étudiants se cristallise, nous faisons en quelque sorte ce que fait Amazon : livrer des articles non commandés mais qui seront commandés dans le futur.  »

Si certaines écoles utilisent déjà des cartes d’étudiant pour surveiller l’activité des élèves, ce niveau d’analyse des données sur les interactions sociales des élèves, comprenant les horodatages et les emplacements, semble tout de même porter atteinte à la vie privée des élèves. D’autant plus que dans les conditions générales d’utilisation de leur carte, il n’est nullement fait mention du stockage ou de l’exploitation des données d’accès et de paiement par l’université.

Et si demain la faculté décidait tout simplement de renvoyer ceux qui sont sensés, toujours selon l’algorithme, être voués au décrochage ? Interrogée ici par  The Verge, la responsable de l’initiative ne semble pas s’en alarmer, prônant l’efficacité de cette « personnalisation ».

 

Crédit images : University of Arizona