Retour sur la 3ème soirée des acteurs ‘sport et développement durable’

Verteego était présente le 22 avril 2015 à la Fédération Française de Football (FFF) pour la troisième soirée des acteurs du Sport et du Développement Durable. C’était un très bon moment, riche d’éclairage concordant tous vers deux horizons : celui d’une mobilisation grandissante des sportifs pour notamment le climat, et pour la nécessaire et utile transition des écosystèmes du sport (stades, infrastructures, réglements, méthodes d’organisation,…) vers un modèle plus soutenable. Cette après-midi était organisée par la très dynamique équipe DD du Ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, et modérée par leur représentant convaincu et convaincant, Maël Besson, qui après que Romuald N’Guyen, directeur Affaires Institutionnelles de la FFF eût rappelé le rôle éminemment sociétal du sport, lança les débats en invoquant la nécessité pour tous les acteurs de co-construire ensemble les solutions pour endiguer les changements climatiques.

La réunion commença par la projection du très sympathique film écolo-foot du FC Salaise.

Après une intervention vidéo du très engagé Tony Estanguet, avec triple appel à l’exemplarité, à l’éducation des jeunes et à l’innovation à la clé, Allan Herskovicz, Président-fondateur de l’ONG Green Sports Alliance basée à New-York, nous a dressé un tableau passionnant des très nombreuses initiatives qu’il mène auprès de ses membres (300 équipes représentant 20 sports différents et 14 pays ; mais aussi des lieux, des fournisseurs, des sponsors, des organisateurs de tournois, des prestataires,…) en faveur de l’environnement.
Morceaux choisis :
– « 13% des Américains suivent les Sciences et 71% le Sport : quel est le meilleur vecteur de diffusion d’opinions selon vous ? »
– « Nelson Mandela fut l’un des premiers leaders politiques à utiliser le levier culturel du sport pour améliorer la Planète, notamment pour améliorer une cause sociale majeure dans son pays »
– « Les deux tiers de la Planète a regardé les JO de Pékin ; 800 millions de téléspectateurs la Coupe du Monde de Football au Brésil. Quel meilleur moyen de promotion que les grands événements sportifs ? »
– « 81% des fans de sport s’intéressent à la cause environnementale »
– « 55% des fans de Nascar sont plus intéressés à la cause environnementale que la moyenne américaine »
– « Toutes les industries se rencontrent sur un terrain de football ! »
– « 90 équipes de sport se partagent 50 animaux comme mascottes, parmi elles 31 sont en passe de disparaître. Par exemple, 2500 requins sont chaque jour massacrés »
– « 20 stades états-uniens sont certifiés LEED ; 21 ont des panneaux solaires installés »
– « Le stade de Los Angeles, l’une des 5 infrastructures sportives les plus utilisées dans le monde, a remplacé 170 urinoirs qui consommaient 430 gallons annuellement par des urinoirs sans chasse d’eau »
– « Si la nourriture était un pays, ce serait le troisième émetteur mondial de gaz à effet de serre »
– « En dehors de la famille, les personnages les plus influents sont les acteurs et les athlètes »
– « Est-il normal que la quasi-totalité des stades ne connaissent pas leurs consommations d’eau et d’énergie ? »
– « Un politicien peut attaquer l’Environmental Protection Agency mais ne peut pas attaquer la ligue de Hockey, de Basketball ou Nascar »
– « Les équipes de baseball américaines ont réduit leurs coûts cumulés de 16 millions de dollars en mettant en place le tri sélectif ces 4 dernières années dans leurs stades »
– « Il est difficile de trouver des produits éco-respectueux à tarif compétitif principalement car les produits sales bénéficient de milliards de subventions »
Bref, vous l’avez compris, j’ai trouvé que ce fut un exposé très vivant et édifiant, et Allan Herskovicz à qui j’ai eu le plaisir de parler pendant le cocktail est un personnage absolument charmant et sympathique.

Nous en vînmes à un autre temps fort de cette soirée très intéressante, la table-ronde  en présence de Paul Delduc, commissaire général au développement durable, de Mathieu Orphelin, le porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot, de Michel Tronson, Vice-Président de la Ligue de Football Amateur ainsi que de la FondaCtion, de Neil Beecroft, en charge du développement durable pour l’UEFA EURO 2016 SAS, et de David Stubbs, ex-directeur du développement durable des JO de Londres 2012, ce dernier étant présent par téléconférence.

Je ne reviens pas sur les propos de chacun en détails, mais vous en livre ce que j’en ai retenu, à savoir :
– que les valeurs du sport sont celles du courage, de la ténacité, de l’engagement et du plaisir
– qu’à +6°C, il y a plein de sports que nos enfants ne pourront plus pratiquer car ils ne pourront plus sortir
– que le Marathon de Paris a failli être couru un jour de très forte pollution locale, équivalent en matière de particules à courir avec 8 fumeurs dans un espace de 20m2
– qu’il est important de ne pas s’arrêter à décembre 2015 et à la COP21 pour faire basculer les changements climatiques de 40 à 70% d’ici à 2050 car d’après les scientifiques tout se joue dans les 15 années qui viennent
– qu’il nous faut sortir de notre zone de confort et innover car résoudre le défi du changement climatique avec les éco-gestes est impossible
– qu’il existe un challenge consistant à courir autour de chez soi pour éviter l’impact transport, challenge éco-responsable qui a mobilisé 5500 participants dans 36 pays récemment, dont Martin Fourcade qui a couru depuis Hawaii où il était en vacances
– que l’on peut réduire de 15% les émissions de gaz à effet de serre en optimisant l’organisation des poules, un projet nommé Optimouv et porté par la Fédération Française de Basket-Ball pour l’ensemble des autres fédérations sportives, initiative qui fut d’ailleurs saluée par le Ministre Thierry Braillard en discours de clôture
– que la Section 5 sur le développement durable de la candidature française à l’organisation de l’Euro 2016 a largement contribué à la victoire de la France, alors qu’en guise de comparaison le terme Développement Durable était très peu évoqué lors de la Coupe du Monde 1998 en France
– que Jacques Lambert, le Président de l’UEFA EURO 2016 SAS, tient chaque mois une réunion consacrée à 100% aux sujets de développement durable
– que les stades doivent encore faire un effort pour passer de la conception architecturale durable à une exploitation durable ; par exemple l’éco-stadium de Nice s’est engagé à produire 300% de ce qu’il consomme mais très peu de stades peuvent en dire autant
– que les JO de Londres furent un modèle de transparence sur les enjeux de responsabilité environnementale et sociale, et qu’on ne peut pas en dire autant de Sotchi
– que la politique de développement durable active et transparente des JO de Londres a sans doute permis d’attirer pour 40 millions d’euros de sponsoring supplémentaire ! auprès de partenaires, et que le développement durable dans le sport trouve son ROI dans l’attractivité qu’il génère pour les sponsors ; cette somme fait la différence entre les JO qui équilibrent leurs comptes et ceux qui génèrent une perte
Comme je l’écrivais plus haut, c’était dense, et les interventions se complétaient parfaitement.

Le Ministre Thierry Braillard a clôturé le débat en rappelant en guise de symbole de l’importance du sujet qui animait cette réunion que, sans trahir de secret, la Maire de Paris Anne Hidalgo faisait du Développement Durable le fer de lance de la candidature parisienne aux JO 2024.