Roland Garros : grands événements sportifs durables, comment encourager le changement ?

IMAG0159Le tournoi de Roland Garros fait figure de vitrine de l’exemplarité française en matière de responsabilité environnementale des grands événements sportifs. Il a été reconnu comme un événement durable grâce à sa certification ISO 20121 en 2014, et chaque année sont entreprises de nouvelles initiatives pour améliorer l’empreinte du tournoi : Opération Balle Jaune, clip d’incitation au tri des déchets réalisé avec des tennismen et tenniswomen…

Nous avons assisté, à Rolland Garros donc, à la seconde conférence-débat développement durable organisée cette année par la Fédération Française de Tennis et le Ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, dont le thème était : « Grand événements sportifs, comment encourager le changement ? ».

Maël Besson, chargé de Mission Sport et Développement Durable au Ministère des Sports, Guy Forget, directeur du tournoi de Roland-Garros et Viviane Fraisse, chef de projet développement durable du tournoi, ont rappelé en ouverture l’importance du travail commun pour passer de l’imagination du changement à la production du changement. Ci-après, ce que nous avons retenu de cette conférence-débat.

** Freins à l’application de gestes responsables lors l’événements sportifs **

En guise de remise en contexte, Dominique Kréziak, enseignante chercheur en marketing, a expliqué les freins à l’application de comportements durables lors d’événements, à connaître pour pouvoir mieux les appréhender :

– en tant qu’invités pris en charge, les spectateurs se sentent déresponsabilisés de la portée de leurs actes

– le temps passé sur de tels événements est très court, rendant peu rentable un apprentissage, des consignes de tri par exemple

– les événements sportifs sont festifs, le souci du développement durable passe donc souvent au second plan

– le fait d’être entouré d’une foule de personnes dont on n’est pas connu entraîne une perte de contrôle social.

** De nouveaux leviers pour la durabilité dans le monde du sport **

Se sont enchaînées trois tables rondes : les concepts et bonnes idées à garder en tête pour réussir à instiller le changement, l’impact positif des sportifs grâce à leur image et le rôle des médias dans la promotion de la transition.

Nous retenons notamment quelques idées :

Le discours alarmiste ne fonctionne plus : les Français sont massivement convaincus de la responsabilité des activités humaines sur le changement climatique mais les comportements durables peinent à être véritablement appliqués. Dominique Kréziak a rappelé que le comportement est souvent décorrélé de la raison, et que les comportements humains sont souvent irrationnels.

– Pauline Pingusson, co-auteur de « La Vie Happy », nous invite à trouver d’autres leviers, plutôt que la culpabilisation et la persuasion quant au bien fondé du développement durable. Gilles Berhault, président du Comité 21 et d’ACIDD, a rappelé le succès phénoménal du film « Demain », qui au-delà de la dimension raisonnable du développement durable promeut sa dimension émotionnelle.

– Idée issue du Nudge marketing : il faut s’efforcer d’agir directement sur les comportements, grâce à de petites mesures incitatives, qui ne sont pas contraignantes et ne tentent pas de convaincre. Eric Singler, directeur général de BVA en charge de la BVA Nudge Unit, a notamment cité les empreintes tracées au sol en direction des poubelles, action qui ne coûte rien, et qui a permis dans de nombreuses agglomérations de réduire considérablement les déchets jetés de façon sauvage.

– Mieux vaut préférer des solutions low-tech, astucieuses et drôles : solutions accessibles, facilement compréhensibles et à contre-courant de discours écologistes culpabilisants. Il a par exemple été cité quelques initiatives : de hautes poubelles visibles de loin, des poubelles transparentes facilitant l’imitation de comportement, de grands tableaux où coller son chewing gum, des cendriers où l’on peut voter pour une réponse ou l’autre en jetant son mégot, de petites cages de football disposées au fond pissotières incitant à être plus propre. Ces idées sont très peu chères, faciles à mettre en oeuvre : la seule limite est la créativité !

– Sylvère-Henry Cissé, journaliste chez Canal + et président de Sport et Démocratie, a rappelé que la télévision a joué un rôle non négligeable dans l’indifférenciation raciale, en citant le Capitaine Dobey de Starsky et Hutch, premier chef de police interprété par un noir, et imagine que les médias ont aujourd’hui un rôle similaire à jouer avec le développement durable.

– Les programmes dédiés à 100% au développement durable ne fonctionnent pas mais des éco-gestes peuvent être scénographiés à l’écran. Par analogie avec le placement produit, émerge la notion de « behaviour placement » dans les médias qui consiste à montrer à l’écran des situations de « bons » comportements, dans les séries télévisées notamment, mais aussi lors de la retransmission d’événements sportifs, touchant une masse critique. Sophie Delorme, directrice adjointe RSE de France Télévisions, a cité par exemple le commentaire qui est fait pendant le Tour de France sur les zones où les coureurs cyclistes sont invités à se délester de leurs déchets, et ceux sur la biodiversité des région traversées.

– Les sportifs eux-mêmes peuvent être ambassadeurs de bonnes pratiques, et sont généralement demandeurs de mettre leur image au service d’une bonne cause, sans pour autant être toujours réellement engagés. Nous avons par exemple visualisé le clip de sensibilisation au tri des déchets « Game, planet and match« , réalisé à Roland Garros cette année grâce à Nathalie Dechy, ancienne joueuse de tennis de haut niveau, membre du comité de pilotage Roland-Garros, ainsi que le clip de la Fédération Française de Rugby pour Earth Hour, incitant à couper la lumière pendant une heure un soir de mars chaque année depuis 2007. Un autre exemple était l’association Du Flocon à la Vague, présentée par Thibault de Tassigny, trésorier de l’association engagée pour la protection de l’eau, avec le concours de nombreux sportifs, et notamment Bixente Lizarazu.

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En conclusion, on est content, chez Verteego, d’avoir écouté cette conférence dynamique, avec des intervenants variés, créatifs et engagés. Un bon moment de conseils pratiques pour la tenue d’événements plus viables et aussi plus ludiques, avec plein d’applications au-delà de l’événementiel : dans les villes, dans les établissements recevant du public, dans les entreprises,… On espère que ce compte-rendu vous aura été utile à vous aussi !