Innovation dans l’agro-alimentaire : l’humain au cœur d’Open agrifood

img_20161116_143423254_hdrLes mercredi et jeudi 16 et 17 novembre 2016 se tenait à Orléans le Forum Alimentation & Innovation Responsables d’Open agrifood. Verteego s’est rendue sur place pour assister aux conférences, à la remise des prix des « Victoires des agriculteurs », et pour rencontrer ses partenaires et clients des secteurs agriculture et des industries agro-alimentaires.

La conférence plénière, d’abord, fut consacrée à « l’humain au cœur de l’innovation responsable ». Animée par Sandrine Raffin, fondatrice de LinkUp, qui a produit récemment, avec l’institut Ipsos, un baromètre révélateur des tendances 2016, parmi lesquelles il apparaît que :

  • Même si 51% des Français sont inquiets de ce qu’ils consomment, 44% ont un regain de confiance dans les marques alimentaires ;
  • Les agriculteurs sont classés en tête des contributeurs au bien être durable du point de vue des français, suivi des ONG et associations du secteur, puis des scientifiques.

Les Français mettent donc l’humain (l’agriculteur) au cœur du secteur d’activité et de la démarche de transition qui s’y opère.

Cette conférence rassemblait autour de la table trois grands groupes BtoB comme BtoC :

  • Thierry Gaillard, Président d’Orangina Suntory France ;
  • Jean Robello, Président de Firmenich ;
  • Maximilien Rouer, Secrétaire Général du groupe Terrena.

Suite au constat du baromètre de LinkUp, les interventions prenaient tout leur sens car elles révèlent ce que ces acteurs du secteur mettent en place et peuvent mettre en place pour que l’humain, à tout niveau, soit au centre de l’innovation dont dépend la survie du secteur. L’enjeu est d’autant plus fort que ce secteur est et sera gravement touché par le changement climatique, par la mauvaise gestion des ressources (eau, énergie, biodiversité, …) et par la pollution des sols, dont il est partiellement voire majoritairement responsable.

Les actions présentées touchent ici :

Les agriculteurs, directement

Terrena a créé le mouvement les Sentinelles de la terre, qui vient prolonger l’activité des exploitations agricoles avec lesquelles le groupe travaille, et facilite la mise en place et la diffusion d’innovations dans le secteur. Pour cela, ils suivent la démarche d’Agriculture Ecologiquement Intensive (AEI) qui vise à utiliser intensivement les mécanismes naturels et à amplifier le fonctionnement des écosystèmes alentours.

Les Sentinelles de la terre permettent d’identifier, parmi les 22.000 agriculteurs, lesquels sont les plus aptes à mener une expérimentation sur leur exploitation. Si les agriculteurs s’engagent, alors la coopérative se charge de l’analyse de faisabilité du projet, de son suivi, de son évaluation et limite les risques pour les agriculteurs de mettre en péril leur exploitation en testant l’innovation, frein considérable pour la plupart d’entre eux. Le bouche-à-oreille entre agriculteur permet ensuite de diffuser l’information et de dupliquer les projets ainsi menés en toute sécurité.

Quelques exemples parmi les 200 projets qui existent actuellement ont été cités par Maximilien Rouer pour illustrer la démarche :

  • La mise en place d’une usine de micro-méthanisation pour une ferme d’élevage ;
  • La réinsertion des systèmes d’éclosion de poussin à l’intérieur du bâtiment d’élevage de volailles, qui limite les traumatismes prénataux subis par les fœtus en étant transportés et loin de leur lieu de ponte. Les tests ont révélé que ces traumatismes entrainaient une surconsommation de nourriture par les volailles et des comportements différents ;
  • Des parcs d’élevage plus grands et collectifs pour les animaux comme les lapins pour leur permettre de bouger et d’avoir plus de confort, pour leur bien-être.

Au-delà de l’apport environnemental, social et de performance pour les agriculteurs de toutes ces innovations, mettre l’homme au cœur permet de ne pas cantonner l’innovation à la technologie, qui reste « froide » et « chiante » comme le souligne Maximilien Rouer, et ne permet donc pas d’évolution durable à grande échelle.

Les collaborateurs d’entreprises de l’agroalimentaire

Au sein d’Orangina Suntory France, qui se compose de 4 usines et 2 sites de bureaux qui produit et répond à la quasi-totalité de la demande française, les changements de locaux étaient l’occasion de transformer la vie en entreprise et les relations entre services pour un confort et un bien-être des salariés. Ainsi, les bureaux verticaux séparant les services entre eux ont laissés place à des open space horizontaux et aux salles de détente pour échanger innover, les usines bénéficient aussi de leurs espaces communs, des réunions mensuelles permettent à chacun de s’exprimer en toute liberté et la direction s’efforce de redonner du sens au travail de leurs collaborateurs en prenant le temps de faire connaître les décisions, les problèmes, les réussites de l’entreprise, etc.

Les maîtres mots sont pour Orangina Suntory France : la transparence et l’oralité, la liberté, le développement personnel, l’équité et le respect, qui permettent ainsi rassemblés d’atteindre les objectifs de l’entreprise pour et par les hommes et femmes qui la composent.

Les associations et organismes partenaires des entreprises du secteur

L’entreprise Firmenich, en tant que producteur d’arômes et de parfums pour l‘agroalimentaire, les parfumeries et les cosmétiques, emploie 10% de son chiffre d’affaire annuel à la recherche et au développement de nouveaux produits pour répondre aux besoins de leurs clients et des consommateurs. Au-delà d’une démarche RSE forte qui fait partie des valeurs de cette entreprise familiale ancienne, elle s’investit dans son programme Naturals Together pour réduire l’impact de ses activités et opérer pour un développement durable et équitable. Pour cela, elle travaille en partenariat avec des ONG et associations comme Juice CSR et Livelihoods.

img_20161116_165148498On pourrait citer des centaines d’exemples d’actions menées par les plus ou moins grandes entreprises du secteur, et c’est évidemment rassurant que la prise de responsabilité qui s’opère dans le secteur prend bien en compte l’humain, ses connaissances et sa capacité à innover. La table-ronde laissait ensuite place à la remise des prix des Victoires des Agriculteurs, qui récompensait les entreprises et organismes sélectionnés par un jury mais choisis par un panel d’agriculteurs français.

Il en ressort que les solutions lauréates et finalistes vont non seulement dans le sens d’une agriculture durable, mais aussi dans la facilitation de la communication entre agriculteurs. Les aider à rendre plus visibles leurs efforts et leurs innovations, partager les bonnes pratiques, leur donner accès aux informations ou encore simplifier le pilotage de leur exploitation et leurs fournir des préconisations : le numérique prend la main et offre de multiples outils pour répondre aux besoins des acteurs du secteur et les accompagner au quotidien dans une démarche d’agriculture responsable.

Ce qu’on peut retenir de cette première après-midi du forum Open agrifood, riche en découvertes, est que l’innovation dans le secteur agroalimentaire n’est pas uniquement technique, mais humaine, quelle passe par la capacité à mutualiser les efforts, à communiquer et à expérimenter pour mieux diffuser, et qu’enfin les plus grands innovateurs du secteur ne sont pas les industriels mais bien les agriculteurs eux-mêmes, qui portent la confiance de l’opinion publique et sont les mieux placés pour faire évoluer leur métier.