Projets mêlant numérique et RSE : ce que les entreprises ont à apprendre des collectivités territoriales

studioNous avons vu s’opérer des changements radicaux dans les entreprises avec l’intégration du numérique dans leurs processus. Nous témoignons aujourd’hui d’un basculement tout aussi important au sein des collectivités territoriales. La dynamique de changement et de transition accompagnée par le numérique y est certes plus tardive que dans les entreprises, qui ont toujours su s’approprier les technologies digitales de dernière génération jusqu’à pour certaines atteindre des modèles économiques reposant entièrement sur la valeur créée par des plateformes numériques (voir notre note sur l’événement Tech In France).

Toutefois, la mission des collectivités englobe un écosystème bien plus large et varié que les parties prenantes des entreprises, ce qui implique des liens historiques forts et des enjeux qui dépassent le cercle de ses services. Les collectivités sont ainsi souvent plus à même que les entreprises pour mener une démarche efficace de responsabilité sociétale et de communication vis-à-vis de l’extérieur.

Les équipes de Verteego ont eu l’occasion ces 8 dernières années de travailler sur une dizaine de projet de digitalisation des collectivités et vous proposent aujourd’hui un échantillon de pratiques qui facilitent leurs démarches responsables.

Le dialogue

Le premier atout que possèdent les collectivités repose sur ses interactions avec un écosystème varié et représentatif du territoire. En guise d’exemple, un service de développement économique peut interagir avec plus d’une quarantaine d’acteurs différents : entreprises, élus, citoyens, structures d’aides, investisseurs, laboratoires de recherche, universités, services municipaux, commerçants, institutions régionales et départementales, préfectures, directions des villes, médias, pôles de compétitivité, incubateurs, … La liste est longue, elle s’allonge, mais diffère en plus d’un service à un autre, d’une collectivité à une autre en fonction de ses compétences, de son histoire, de ses rapports au territoire. Le dialogue avec ses parties prenantes, qu’elles soient publiques ou privées, associatives, institutionnelles ou autre, fait partie de son quotidien. L’évaluation des problématiques de cet écosystème passe ainsi par des échanges réguliers et concrets. Les services de la collectivité sont donc capables d’adapter « en temps réel » leur prise de décision pour assurer le respect de chacun de ces acteurs territoriaux. Beaucoup d’entreprises, par la stratégie RSE qu’elles ont décidé de mettre en place, n’instaurent pas toujours un véritable dialogue et se contentent de communiquer. Question de temps, de moyens ou de volonté, toujours est-il que ce dialogue profite réellement à la qualité des services rendus.

De nombreux outils numériques, par exemple de concertation publique, mais les réseaux sociaux remplissent tout aussi bien cette fonction, permettent désormais aux collectivités de capter et confronter les avis, les problématiques, les besoins de ces acteurs. Que ce soient les entreprises, avec des plateformes de développement économique, ou les citoyens avec les applications smartphone proposées par les villes, elles intègrent de multiples moyens de sonder à chaque instant les véritables priorités des administrés et de les impliquer dans les processus de consultation et de co-construction.

Le partenariat

L’écoute de son écosystème va de pair avec le partenariat, que les collectivités savent développer et entretenir. Il s’agit de partenariats au sein des structures locales, qui rassemblent plusieurs communes, entre collectivités qui mutualisent leurs moyens, mais aussi avec les acteurs du territoire.

Ainsi, les territoires sont devenus des espaces d’expérimentations où se forgent les modèles économiques, sociaux et environnementaux de demain. C’est au sein de ces 365 « territoires de projets »[1] que se déroule en partie la transition des territoires, l’autre partie étant, si on schématise, entre les mains des grandes entreprises. Et là où les entreprises ont parfois du mal à mobiliser des acteurs très différents, les collectivités locales rassemblent et font travailler ensemble les laboratoires de recherche, les experts, les citoyens, les entreprises, etc. pour proposer de nouveaux services. Ces acteurs créent ensemble le territoire et les interactions qui le composent. Cette pluridisciplinarité devrait être un élément clef dans les stratégies RSE des entreprises, qui pourraient trouver de la valeur ajoutée et des solutions simples dans la mise en place de partenariats avec le monde associatif (qui émergent mais se développent lentement), mais aussi pour l’utilisation d’espaces de coworking, de nouveaux modes de management ou de gestion de ses ressources humaines, pour agir en faveur de la transition.

La notion de bien-être qui en découle pour les salariés devient de plus en plus commune, et il n’échappe pas aux services territoriaux qui la construit par l’ouverture sur l’extérieur et les interactions créées dans son large réseau. Les entreprises ont tout à gagner à créer des collaborations avec des acteurs de secteurs différents et de tailles différentes, et peuvent y trouver bien plus que du business. Parce qu’un monde qui n’est pas diversifié est un monde stérile, elles devront interagir de plus en plus avec son écosystème pour évoluer durablement.

La transparence

De cette capacité à mettre autour de la table les compétences diverses et complémentaires dont a besoin une stratégie responsable, naît le besoin de transparence. Transparence des pratiques (avec les rapports de développement durable, ou encore la future ouverture des marchés publics) et désormais, transparence des données, sont la preuve d’une demande de plus en plus soutenue des acteurs extérieurs d’accès aux informations, non pas pour critiquer ou dénoncer, mais pour comprendre, participer et construire.

Les collectivités locales, en appliquant ce « devoir de transparence », comprennent tout l’enjeu de mettre à disposition les informations et la valeur ajoutée qui en ressort. L’open data, qui en est encore qu’aux prémices dans les plus grandes métropoles françaises, suscite en effet un intérêt grandissant pour les jeunes entrepreneurs plein d’idées, pour les entreprises qui peuvent améliorer ou développer leurs produits et services, pour l’extension des smart grid et smart city, pour les associations ou agences territoriales qui améliorent leur compréhension du territoire, et pour les citoyens qui se réapproprient les enjeux qui conditionnent l’espace dans lequel ils vivent.

Pour tous ces acteurs, l’open data devient progressivement une mine d’or, qui n’a pas finie de révéler sa valeur. Celle-ci est d’ailleurs de mieux en mieux comprise depuis que les plateformes numériques ont fait des masses de données générées un produit « monnayable » et rentable.

Cette transparence des données se révèle tout aussi utile au sein de la collectivité et de ses services. Rétablir le dialogue et remonter régulièrement les informations conservées dans les services impacte directement l’orientation des stratégies par les élus locaux qui peuvent alors prendre des décisions en connaissant les tendances et les évolutions sur leur territoire. Libérer les données, au sein même d’une entreprise serait déjà en soit une démarche intéressante, mais le serait d’autant plus si elle devenait transparente pour l’extérieur, à l’image de certaines d’entre-elles qui ont franchi le pas.

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En définitive, adopter une démarche plus ouverte, transparente et collaborative est inscrite dans les gênes des collectivités territoriales dont les missions et le statut les positionnent au cœur d’un écosystème extrêmement varié. Toutefois, cette démarche est aussi le fruit d’une interdépendance et d’une volonté : le besoin d’interagir quotidiennement pour offrir les services les plus pertinents et les faire évoluer sans cesse, dans un soucis de responsabilité des territoires dans la transition écologique, sociale et économique actuelle; et la volonté d’expérimenter de nouvelles pratiques, de nouveaux processus de collaboration et d’implication du plus grand nombre pour rétablir la confiance.

Cette volonté forte, couplée à la prise de recul sur l’utilisation des outils numériques, cette fois expérimentée en premier par les entreprises, permettra aux collectivités de rattraper le retard sur la digitalisation de leurs services. En prenant le temps de choisir les outils et d’adopter les méthodes qui leurs conviennent, les collectivités offrent aux éditeurs de logiciels comme Verteego une expérience de collaboration tout aussi enrichissante et surtout très différente, car la fin, pour les collectivités territoriales, justifient non plus seulement les moyens employés, mais l’investissement-temps passé. Justement, toute transition réussie nécessite une vision longue du temps pour être correctement pensée, menée et surtout ajustée, en rapport au monde qui l’entoure.

 

[1] Selon le panorama 2016 des pôles territoriaux et des pays, dressé par l’ANPP – Association nationale des pôles territoriaux et des pays