L’intelligence artificielle et le divertissement

« Dématérialisée et connectée, nomade et personnalisée, notre façon de nous divertir n’a de cesse d’évoluer. Comment les acteurs traditionnels de ce marché affrontent-ils ces nouvelles tendances ? Le numérique va-t-il tuer ou réinventer une industrie réputée conservatrice ? Le divertissement est-il vraiment en mutation ? » Tel était le pitch de ce premier MaddyTalk de l’année, table ronde organisée le 25 avril par Maddyness (ce magazine des acteurs de l’innovation en France, fondé en 2012) au sein de l’espace de coworking WeWork, fraîchement inauguré.

Cet événement dédié donc à intelligence artificielle dans le secteur du divertissement et animé par Pierre Sedze (responsable Web et Partenariats de RMC) a permis à Anthony Audebert (responsable de la stratégie digitale chez Sony Music Entertainment), Louisa Mesnard (fondatrice du chatbot Citron) et Olivier Ou Ramdane (directeur général adjoint chez eTF1) de débattre du divertissement de demain, à l’aune des nouvelles technologies.

Premier constat dressé par les interlocuteurs comme une tendance de fond, la nécessité d’une assistance sans cesse plus poussée dans la recherche d’éléments pertinents pour faire face à la démultiplication des contenus de qualité disponible et en accès illimité, sans laquelle l’usager « passerait davantage de temps à rechercher et zapper qu’à effectivement visionner  » explique Olivier Ou Ramdane (eTF1).

Dès lors, détaille Louisa Mesnard, « la technologie à vocation à disparaître, à devenir transparente », elle assure ainsi un accès rapide à des pistes musicales suggérées selon nos goûts, identifiés par le moteur de Spotify, comme à des films ou séries sur le même modèle chez Netflix, limitant au maximum les actions séparant le spectateur de son contenu favori.

Cependant, le risque pourrait ici résider dans la perte de sérendipité (le fait de trouver autre chose que ce que l’on cherchait) prévient Anthony Audebert (Sony Music Entertainment) : « à ne plus passer que par les assistants personnels, la musique que l’on écoutera sera uniquement choisie en fonction de nos goûts existants et le choix sera donc forcément plus limité, le spectre des découvertes pourrait se réduire ». Cette personnalisation du contenu sans cesse plus poussée semble bien suivre la volonté de l’utilisateur qui, résume Louisa Mesnard (fondatrice du chatbot de suggestions de sorties Citron), « a envie d’être surpris mais n’a pas envie de rechercher ce qui pourrait le surprendre“. Voilà donc l’un des défi des algorithmes dans le secteur du divertissement, qui se doit d’évoluer sans cesse pour éviter toute lassitude du spectateur.

Il s’agit également « de favoriser l’interaction pour susciter l’engagement » pour fidéliser davantage, note Olivier Ou Ramdane (eTF1), qui précise : « Aujourd’hui, on peut presque créer du contenu en temps réel selon les réactions de l’utilisateur ! ». Et cette quête du renouvellement perpétuel des contenus pousse les acteurs du secteur à chercher à prolonger l’expérience de façon toujours plus immersive, via les nouveaux terminaux de réalité virtuelle notamment. Ainsi, My TF1 VR permet désormais à ses utilisateurs de participer au télé-crochet The Voice en tant que coach comme de revivre les épreuves les plus célèbres de Koh Lanta grâce au casque HTC.

Si développés que peuvent être ces algorithmes, l’Homme demeure toutefois indispensable pour le panel de speakers : « C’est toute la limite de l’intelligence artificielle, juge Anthony Audebert. Rien ne remplacera jamais l’artiste avec sa personnalité. Quand on aime une musique, on a envie de découvrir la personne qui se cache derrière en la suivant sur les réseaux sociaux, en découvrant d’autres morceaux et tout un univers » même si les premières intelligences artificielles facilitant le processus créatif ont d’ores-et-déjà fait leur apparition.

L’industrie du divertissement, qui s’est complètement métamorphosée au cours des quinze dernières années, n’a donc pas fini la révolution de ses contenus et de ses usages, pour proposer à des spectateurs toujours plus exigeants des expériences à la fois simples et sans cesse renouvelées !

Les discussions se sont poursuivies autour d’un verre dans l’espace de coworking WeWork

 

Retrouvez l’intégralité de la table ronde grâce à la captation vidéo de ce MaddyTalk :