Conférence de l’association des ingénieurs des Arts et Métiers : évaluation volontaire des entreprises en RSE

aadd4dd1-47f6-4853-943a-cc6a841338cbNous avons assisté à la dernière conférence du groupe professionnel Développement durable et RSE de l’alumni Société des ingénieurs Arts et Métiers dans leurs magnifiques locaux avenue d’Iéna, à Paris. Le thème de cette soirée du 24 mai 2016 était l‘évaluation volontaire des entreprises en RSE.

Cette conférence était menée par Gérard Cappelli, excellent dans le rôle d’animateur de cet événement, avec les interventions d’Alain Jounot, délégué à la direction générale d’AFNOR Certification, Bruno Pireyn, directeur opérationnel de l’Agence LUCIE, Pablo Santamaria, président des associations Centrale Ethique et Diag 26000 et François Salatko, co-fondateur de Rexcelys (de gauche à droite sur la photo).

Le but de la conférence, où sont intervenus certains des plus grands acteurs de la labellisation en France, était d’apporter des arguments en faveur de l’évaluation volontaire de la démarche de responsabilité des entreprises.

 ** Évaluation et labellisation volontaires, à différencier des certifications et du reporting réglementaire **

L’évaluation, la labellisation et la certification, ne répondent pas à des exigences réglementaires telles que l’article 225 de la loi de transition énergétique ou le Grenelle II, qui requièrent des informations précises de la part de certaines catégories d’entreprises. La démarche est différente et est généralement initiée par l’entreprise elle-même.

Concernant la responsabilité sociétale des entreprises, la marche est dictée par la norme ISO 26000, et ses nombreux guides sectoriels, qui énoncent de grandes lignes directrices, au travers de sept questions centrales. La particularité de l’ISO 26000 est qu’elle n’est pas certifiable, contrairement à d’autres normes telles que l’ISO 14001 ou 50001. Elle a pour but premier d’irriguer les volontés d’entreprises plutôt que de les contraindre : il ne s’agit pas d’être en conformité, mais d’améliorer la performance globale.

Pourtant, les entreprises menant une démarche de définition de leur stratégie de responsabilité, sont demandeuses d’avis externes : d’une part d’état des lieux, pour pouvoir continuer leur progression, et d’autre part d’une reconnaissance de leurs aboutissements. C’est à ces besoins que répondent évaluations et labels !

L’évaluation, comme l’AFAQ 26000 d’AFNOR Certifications par exemple, a pour principe de recueillir des informations dans les différents domaines de la RSE permettant de juger la maturité de la démarche pour produire un score. La labellisation fonctionne sur le même principe, à la différence près qu’elle a des critères fixes sur l’évaluation permettant l’attribution ou non du label. On peut notamment citer LUCIE, qui après une évaluation préliminaire, accompagne les entreprises dans leur labellisation grâce à des feuilles de routes sur 3 ans.

 ** Responsabilité sociétale : des effets vertueux avérés … **

Le sujet de cette conférence est fondé sur le constat, maintes fois démontré, que le fait d’entreprendre une démarche de responsabilité sociétale pour une entreprise lui est nécessairement favorable : non seulement pour ses collaborateurs et autres parties prenantes, mais aussi, et c’est ce qui motive le plus souvent les décideurs, pour sa compétitivité.

Il a été cité l’exemple de l’étude du cabinet Goodwill Management de septembre 2015, montrant qu’une personne sédentaire se mettant au sport en entreprise améliore sa productivité de 6% à 9%. Des études similaires ont montré que la mixité des équipes a pour effet la diminution de l’absentéisme par exemple.

Tous les intervenants se sont accordés à dire qu’il est nécessaire pour les dirigeants de se tourner vers des démarches RSE parce que c’est bon pour la santé de leur entreprise. Bruno Pireyn a longuement développé l’analogie entre la RSE en entreprise et l’huile dans un moteur : elle permettent de limiter les risques, de fluidifier les pièces mobiles, une meilleure montée en puissance, de démarrer à froid, permettent une meilleure longévité, etc.

** … mais une démarche encore trop peu appliquée **

La très faible mise en application de la norme ISO 26000 peut être expliquée de plusieurs manières : la première est une trop faible connaissance des entreprises, et notamment des PME de l’existence de ce type de démarche. L’étude « Responsabilité sociale des entreprises et compétitivité » de France Stratégie de janvier 2016 a montré que plus de 60% des 150 000 entreprises sondées ne connaissent pas la RSE. Le même phénomène avait été observé avec la norme 14001 qui, avant de devenir incontournable, a connu une longue phase de stagnation et de difficile appropriation. La solution que les intervenant ont imaginée est de mener des actions de communications, de pousser les entreprises précurseures et d’être particulièrement agiles.

Une seconde explication, avancée par Alain Jounot, est que la culture française n’est pas favorable à la valorisation des entreprises, et les pouvoirs publics ont plutôt tendance à pointer du doigt les mauvais élèves. Les démarches volontaires de progression ne sont pas toujours mises en avant, et c’est généralement sous la contrainte que les entreprises évoluent. Les intervenants de LUCIE et d’AFNOR Certifications sont tombés d’accord sur le fait que l’éveil des consciences devra passer par des initiatives privées, partant du constat que la RSE ne serait pas à son avancement actuel sans l’investissement de leurs structures.

Une dernière explication est la difficulté de prouver le retour sur investissement positif d’une démarche de responsabilité sociétale. En effet, si les coûts sont visibles et très facilement quantifiables, les bénéfices sont souvent cachés, pouvant expliquer la frilosité de certains décisionnaires. Pourtant, des solutions sont disponibles : notamment celle proposée par l’association Diag 26000, gratuitement en ligne, pour pouvoir initier une démarche RSE pour un investissement modique. Pablo Santamaria a d’autre part apporté une piste de solution en suggérant que le futur de la RSE réside dans une plus grande appropriation et sa sortie du seul cercle des dirigeants.

Cette conférence a été très constructive, grâce à une animation dynamique et très bien préparée, elle a permis de soulever de nombreux freins à l’expansion de la RSE en France mais les intervenants se sont efforcés de ne pas tomber dans un pessimisme improductif et de suggérer de nombreuses pistes d’évolution. Nous retiendrons que les acteurs volontaires pour une plus grande responsabilité des entreprises sont invités à s’engager : des solutions existent pour tout stade de leur réflexion et une communauté experte et dynamique soutient ces démarches.

 

Pour aller plus loin :

Rapport de France Stratégie : Responsabilité sociale des entreprises et compétitivité, janvier 2016