Table Ronde « L’évolution du climat en Amérique Latine » à l’Institut France-Amériques

Verteego a assisté pour vous à la table ronde  » L’évolution du climat en Amérique Latine « , animée par Pierre-Jean Vandoorne, ancien ambassadeur de France au Venezuela et en Colombie. Cette table ronde était d’autant plus intéressante que le panel des intervenants était varié : côté entreprises,  César Ortiz de la Direction Internationale d’ENGIE, puis Jean-Joinville Vacher directeur de recherche à l’Institut de recherche (IRD), Camille Laurens représentant l’Agence Française de Développement (AFD) et Jérôme Boutang, directeur général du Centre interprofessionnel Technique d’Etudes de la Pollution Atmosphérique(CITEPA).

 

César Ortiz, ENGIE

Les INDCs en Amérique Latine
INDC signifie Intended Nationally Determined Contributions i.e les contributions prévues par chaque Etat.
César Ortiz a commencé par souligner que l’Amérique Latine est une région de contrastes, tant au niveau de la répartition des richesses qu’en termes de population – 620 millions d’habitants concentrés surtout au Brésil (200 millions d’habitants), Mexique (120 millions d’habitants) et l’hétérogénéité des INDCs proposées par ces pays n’y fait pas exception.
César Ortiz s’est principalement focalisé sur l’étude des INDCs de quatre pays d’Amérique Latine, qui sont les suivants :
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Jean-Joinville Vacher, IRD

Jean-Joinville Vacher souligne la place de la science dans le débat autour du changement climatique : les chercheurs premiers à tirer l’alarme en 1988. Depuis, il y a eu constitution du GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat), qui produit des rapports tous les 4 ans sur le sujet. La France est le 7ème acteur mondial en matière d’articles scientifiques publiés, et le principal acteur en Amérique Latine en ce qui concerne les formations scientifiques et la recherche autour du changement climatique.

Le réchauffement climatique en Amérique Latine : Selon les différents scénarios, l’augmentation de la température en Amérique Latine sera de 1°C à 9°C.

L’impact observé du changement climatique sur les glaciers et en Amazonie

Le glacier de la station de ski bolivienne Chacaltaya disparaît complètement, ce qui est nuisible pour le tourisme mais aussi pour la population locale parce que le glacier était la principale source d’eau potable.
De 1650 à 1950 même régression des glaciers que de 1950 à nos jours, preuve de l’accélération sans précédent du réchauffement climatique.
En Amazonie, les phénomènes extrêmes sont accentués : sécheresses comme inondations.

Jérôme Boutang, CITEPA

Jérôme Boutang commence par faire brève description du CITEPA : Le CITEPA s’occupait au départ essentiellement de problématiques de pollution de l’air au départ puis la thématique des GES s’impose. Il s’agit d’une association à but non lucratif, spécialisée sur l’inventaire (catalogue des sommes de rejets de GES).
Il nous a ensuite fait un panorama des enjeux de COP21 pour les pays d’Amérique latine.

Bilan de l’amont de la COP
156 pays sur les 196 ont déposé leurs contributions au 31 octobre, et ils représentent une part dans les émissions de CO2 de 87,98% – à la même date, les pays ayant présenté leurs contributions ne représentaient que 12% des émissions de GES lors de la COP de Kyoto.

Le cas de l’Amérique latine
Elle émettait environ 11% des GES en 2012 (contre 8,8% en 1990), ce qui représente néanmoins une part encore deux fois inférieure à celle des plus gros pollueurs, les États-Unis et la Chine qui font 23,3% des émissions de GES. Le Brésil est le plus gros pollueur d’Amérique latine, loin devant le Mexique qui se positionne en deuxième place.

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Une COP de la dernière chance finalement peu prise au sérieux
La COP21 est présentée comme la COP de la dernière chance, or :

  • le Brésil est le seul à avoir soumis un objectif absolu de réduction (cf. tableau ci-dessus).
  • l’objectif proclamé de la COP21 est de limiter le réchauffement climatique à 2°C d’ici 2100, pourtant les différents scénarios et INDCs des pays s’arrêtent à 2030 : ce n’est absolument pas réaliste.
  • les INDCs ne ciblent pas forcément le problème de réduction mais plutôt celui d’adaptation au changement climatique. Or si les problématiques de réduction de GES influent sur l’adaptation au changement climatique, l’inverse est rarement vrai.
  • le C02, qui représente le principal gaz à effet de serre émis, est loin d’être le plus ciblé par les contributions

L’exemple du Mexique : son INDC tient sur 6 pages et ne présente ni graphiques ni tableaux. Sa contribution dépend de plus de nombreuses conditions telles que les aides extérieures, l’intensité de son PIB. Enfin, le Mexique se focalise énormément sur le black carbon, qui affecte la qualité de l’air dans les villes mexicaines mais aucune étude ne le corrèle au changement climatique. Sous couvert de COP21, Mexique finalement cherche à régler un problème au niveau national.

Les INDCs en Amérique latine : ce qu’il aurait fallu faire d’après Jérôme Boutang

  • Proposer des NDCs (Nationally Determined Contributions) et non des INDC (Intended Nationally Determined Contributions)
  • Se baser systématiquement sur une référence au passé comme le Brésil et non pas sur des scénarios hypothétiques
  • Mettre en place des règles de mesure, de rapportage et de vérification (MRV) afin d’obtenir une révision régulière des contributions et objectifs à atteindre
  • Proposer des INDCs comparables en privilégiant le C02 et le CH4 plutôt que le black carbon

Camille Laurens, Agence Française de Développement

Camille Laurens a à son tour présenté l’AFD. Cette banque de développement dédie 50% de ses financements à des projets ayant un impact positif sur le climat.

Action en Amérique Latine
L’AFD n’est intervenue qu’à partir2007 au Brésil, puis en Colombie, au Mexique… Leur ambition : promouvoir une croissance verte et solidaire, leur moyen d’action reposant sur des prêts à conditions de marché (donc n’impliquant aucun effort de la part du contribuable français).
Les efforts de l’AFD sont concentrés sur la problématique de la Ville Durable car les trois quarts de la population d’Amérique Latine vit en ville – ce sont également des centres de décision importants.

Exemples concrets

  • Le financement de projets de transports des collectivités locales comme le métrocâble et le tram à Medellin qui ont permis de désenclaver les quartiers et de baisser significativement le bilan carbone puisque des habitants se déplaçaient majoritairement en voiture
  • L’appui à des stratégies de réduction de GES des villes, comme le financement d’inventaires carbone.

La table ronde s’est terminée sur une session de questions-réponses, soulignant la difficulté de comparer les différentes INDCs et d’estimer leur réel impact dans la lutte pour limiter le réchauffement climatique à 2 degrés d’ici la fin du siècle.