Grand Paris Circulaire ou le grand défi circulaire

Verteego exposait ce jeudi 5 octobre 2017 au Palais des Congrès d’Issy-les-Moulineaux, à la grande messe de l’économie circulaire que fut le sommet Grand Paris Circulaire. C’est à cette occasion que Daniel Kaufman, en charge du pôle R&D Ville du Futur chez Verteego, prend la plume pour vous, pour faire le point sur la dynamique sociétale de l’économie circulaire.

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L’économie circulaire semble devenir le nouveau mantra capable de rassembler des personnalités remarquables, représentants du monde politique, scientifique, entrepreneurial et associatif comme autrefois c’était le cas pour le développement durable. En effet, si aujourd’hui il n’est plus possible de remplir un auditorium en affichant « DD »,  l’économie circulaire le permet et semble devenir le nouvel « incontournable ».

On constate que l’économie circulaire possède le potentiel de rassembler toutes les parties prenantes, de s’exprimer par des actions plus concrètes et opérationnelles, et qui plus est, assorties de résultats économiques. C’est même mieux que l’énergie : la panoplie d’acteurs y est plus vaste et transversale. De l’habitant aux associations, des PME aux grandes entreprises, de la campagne aux villages, des villes aux territoires, de l’économie traditionnelle et bien implantée, jusqu’à l’économie solidaire, voire informelle, tout le monde peut y trouver son compte…

Le cas de la Chine est singulier. Il lui faut changer son modèle économique simplement parce que plus de robots impliquera moins d’emplois dans l’industrie, ce à quoi s’ajoute la prise de conscience liée aux nombreux problèmes environnementaux et de santé publique. Alors l’économie circulaire est à l’ordre du jour, afin d’entamer la transition vers un nouveau modèle, en commençant par des « laboratoires » à taille réelle, dix projets tests d’abord, puis mille districts, puis…

Dans nombreux pays, l’économie circulaire fait déjà partie des pratiques quotidiennes. La représentante du Maroc a en effet mentionné le souk de Casablanca comme un exemple de marché du réemploi et du recyclage. Mais si les pratiques plus ou moins formelles de revalorisation des déchets sont très ancrées dans les pays émergents, ce n’est pas pour autant que le mirage de la consommation à outrance ne fait pas des dégâts. Les flux de matières ont explosé en quantité et en complexité sans que le savoir-faire traditionnel du recyclage puisse forcement s’adapter au nouveau contexte.

Il ne faut pas perdre de vue que si les pays occidentaux commencent à questionner la notion de croissance et à mettre en œuvre quelques pratiques dites vertueuses, la gigantesque pression sur les ressources et l’environnement issue des classes moyennes en plein essor dans les pays émergents est loin d’être maîtrisée.

Pour Dominique Bourg, l’économie circulaire souffre de la même souplesse sémantique que le développement durable. Dominique Bourg nous rappelle que l’alternative pour une vie possible est de ramener l’empreinte écologique à une planète. Cela s’appelle le « retour à l’espace de sécurité » et cela passe par la mise en place de vraies stratégies de dématérialisation en laissant de côté des placebos, comme le découplage. « Une économie sera d’autant plus authentiquement circulaire que la croissance y sera faible, et que le taux de recyclage des matières avant leur retour au sein du système sera élevé ». Il ne faut pas se leurrer : c’est toute une civilisation de la croissance économique qui doit muter en profondeur. Dominique Bourg préconise une approche perma-circulaire tenant compte de la globalité du système terre.

Changer le modèle de consommation à un modèle rationnel n’est en quelque sorte que retourner au fonctionnement d’avant les Trente Glorieuses, puisque le modèle « d’utiliser et jeter » n’a que cinquante, soixante-dix ans…

Néanmoins, afin de changer le modèle de vie « acheter-jeter » en se basant sur les 4R – réduction, réutilisation, recyclage, refabrication, il faudra arriver à placer le désir ailleurs. Puisque si la Chine autoritaire est capable d’imposer des « projets laboratoires », l’aspiration de sa population reste la consommation ; si les populations du continent Nord-africain excellent dans la récupération, leur aspiration est encore la consommation. Le paradoxe de la campagne de Patagonia appelant à ne pas acheter le blouson affiché qui a boosté ses ventes montre que l’ADN de la pub est encore la consommation. Et pourtant, si une des préoccupations majeures est l’emploi, il faudra sortir de la consommation comme moteur, trouver un autre moyen de création de valeur pour redéfinir les équilibres.

L’écart entre les discours et les réalités de terrain, d’une part entre les acteurs établis de l’économie comme c’est le cas dans le BTP par exemple, et d’autre part les initiatives citoyennes et d’économie solidaire, est encore énorme par rapport à leur capacité d’impact, à leur étendue, aux échelles de déploiement.

« On sait que »…, « on sait ce qu’il faut faire »…., « il n’y a qu’à »…., et pourtant… le défi reste tout entier. Les lauréats du Prix « Cap sur l’économie circulaire » montrent le chemin et démontrent que concilier maîtrise de la croissance et innovation implique une chance de mieux consommer.

 

Daniel Kaufman, 9 octobre 2017