La France au 7ème rang mondial en matière de protection de l’environnement?

J’ai découvert en lisant l’éditorial de Jean-Louis BORLOO himself dans le Journal de Pollutec, où Verteego exposera cette année comme l’année dernière sur le stand mutualisé du Club ADEME International (stand H6 E 166), que la France se classe au 7ème rang, sur 163 nations, en matière de protection de l’environnement.

La source est sérieuse: il s’agit d’une étude annuelle sur l’EPI (Environmental Performance Index) menée par les Universités de Yale et de Columbia. La France est en progrès régulier, classée 12ème en 2006, 10ème en 2008, 7ème en 2010. Ce 7ème rang, et la dynamique positive de ces 4 dernières années, relèvent d’une excellente performance: bravo la France! Voici la fiche française sur le site de l’EPI.

Les critères pris en compte, au nombre de 16, couvrent bien ce qu’un pays pourrait qualifier de tableau de bord de performance environnementale. Ils font la part belle aux infrastructures sanitaires (accès à l’eau potable, assainissement, mortalité infantile) et à la prise en compte de l’écologie dans l’exploitation des espaces (protection des zones sauvages, dynamique forestière, pêche raisonnée, subventions agricoles): ce qui n’aura pas manqué de susciter certaines réactions de la part de certains analystes qui estiment que ce classement favorise les économies les plus développées. Cela est probablement juste, mais comment s’assurer d’un effort maximal des économies émergentes si ces dernières ne sont pas évaluées à l’aune des mêmes critères que des pays plus matures? Par ailleurs, je m’étonne de l’absence de 2 critères sur la gestion des déchets et la protection sanitaire des consommateurs.

Ce classement met en exergue des forces et atouts français (l’eau, la forêt, la maîtrise des effets de la pollution atmosphérique sur la santé humaine), et au-delà de la fierté que procure aux Français et aux entreprises françaises ce rang flatteur, on peut aussi noter qu’au révélateur de l’étude, des zones de progrès sont identifiées.

Ainsi, la politique environnementale de la France dispose de manques principalement en matière:
– de vitalité des écosystèmes et d’effet de la pollution de l’air sur ces derniers;
– d’action contre le réchauffement climatique.

Sur ce dernier point il est manifeste que l’on confonde trop souvent en France efficacité énergétique et performance carbone,  on peut en effet se poser les 2 questions suivantes, subsidiaires en apparence et vitales en réalité: a) la question de l’image de la France; b) la question de la volonté française de disposer d’un leadership en matière de lutte contre le réchauffement climatique; et en corollaire, la compréhension des bénéfices de l’anticipation, particulièrement sur le sujet du réchauffement climatique.

  • l’Image de la France en matière d’environnement: malgré son rang est 7ème, je peux affirmer à l’aune de nos relations d’affaires avec des pays comme l’Allemagne ou la Suisse, que la France jouit d’une image très médiocre dans de tels pays qui nous accusent d’avoir pris le train de l’environnement en retard. Il y a un gros travail à fournir dans ce domaine. En la matière, Madame la Secrétaire du Commerce Extérieur Anne-Marie IDRAC et UBIFRANCE, qui depuis des années déjà, assurent avec poigne et détermination la promotion sur les marchés étrangers du savoir-faire français en matière de gestion environnementale, sont bien isolés. D’excellentes initiatives associatives, qui plus est complémentaires, telles que le Club ADEME International et la coopérative francilienne éco-technologique Durapôle complètent bien le dispositif, encore insuffisant car pas réellement porté, selon moi, par les « institutionnels qui font les lois » – les law makers comme diraient les Anglo-Saxons. Prenons le cas de Verteego: notre application de management des émissions de gaz à effet de serre est un formidable véhicule d’exportation du savoir-faire français en matière de gestion du carbone en général et de méthodologie Bilan Carbone ADEME en particulier. Au lieu de nous voir poussés par l’ADEME à l’international (ce qui commence par une coopération au niveau national), nous avons le plus grand mal à établir un dialogue constructif, si ce n’est un dialogue tout court, avec leur service Climat: le rôle d’une agence publique est de lancer des initiatives au service de tous pour susciter des initiatives privées et donc de l’emploi. D’où un besoin absolu de dialogue individuels avec toute la chaîne d’acteurs. Et je n’ose croire qu’il s’agisse d’une question de moyens. D’ailleurs, mes homologues éditeurs de progiciels états-uniens me confirment qu’ils disposent d’une quasi- ligne rouge à l’EPA (Environmental Protection Agency, l’équivalent de l’ADEME aux Etats-Unis) qui voit à travers eux un vecteur de rayonnement (le logiciel étant une industrie particulièrement encline à l’exportation). Moralité: la technique, c’est bien; mais quand elle s’accorde du dispositif adéquat en matière de relations humaines, de coopération, de collaboration en bonne intelligence avec les acteurs-clés du dispositif, c’est mieux.
  • Quelle volonté de leadership pour la France en matière de politique Climat? L’échec de la taxe carbone, qui aurait donné un tant soit peu de signal prix aux émissions de gaz à effet de serre, étant le fait du Conseil Constitutionnel, le gouvernement a largement enterré l’initiative en suggérant que c’était à l’Union Européenne de statuer. Or, en matière de fiscalité, il faut une impossible unanimité; de plus les pays disposant de balances commerciales très excédentaires, comme l’Allemagne, argueront que la Chine percevrait la démarche comme du protectionnisme déguisé et donc réduirait son train de commandes. Enterrée donc la taxe carbone politique (même si la véritable taxe carbone, l’économique, viendra d’une hausse rapide, subite, et incontrôlable du prix du baril de pétrole au premier choc géopolitique avec un pays producteur, et là nous y serons bien moins préparés).
    Reste le Grenelle: les entreprises et administrations, respectivement de plus de 500 et 250 salariés, devront publier une fois tous les 3 ans leur bilan d’émissions de gaz à effet de serre; le premier bilan devra intervenir au plus tard le 31 décembre 2012. La mesure, qui a le mérite d’exister, semble déconnectée 1) de l’urgence de la nécessité d’action, 2) de ses bénéfices directs (réduction des coûts) et indirectes (différenciation des entreprises françaises, exemplarité des administrations), 3) de la fréquence de publication des bilans financiers et sociaux (l’année fiscale); pourquoi l’environnement, troisième pilier du développement durable et l’égal des 2 précédents, ne bénéficierait-il pas du même traitement? si les entreprises ont besoin de comptabilité carbone pour progresser, alors pourquoi ne pas les aider à proposer à leurs actionnaires, chaque année, un véritable bilan d’activité durable au lieu d’augmenter le coût de compilation du bilan GES en rallongeant le pas de temps de mise à jour de ce dernier (car la fonction du coût d’un bilan diminue avec l’augmentation de sa fréquence de publication)?
Pour finir, sans atténuer les grandes satisfactions que procurent le rang français dans ce classement, il est nécessaire de continuer à travailler à faire de la France une grande puissance écologique, dans le discours (des autres surtout) comme dans les actes (les siens cette fois-ci).