Fiscalité écologique: la France au fond de la classe Europe

Merci à Hélène Joubert qui m’a transmis cet article intéressant du journaliste Antoine de Ravignan d’Alternatives Economiques intitulé « Fiscalité Ecologique: la France à la traîne« , dont le graphique ci-contre, si l’on en tient à la position de la France, soulève plusieurs interrogations:

  • Bonne avant-dernière devant l’Espagne, quelle est la légitimité de la France à conduire le débat sur l’adoption par l’Union Européenne d’une taxe carbone à ses frontières?
  • Après avoir repoussé aux calendes grecques l’adoption de la taxe carbone en France au nom du risque pour la compétitivité des entreprises vis-à-vis de leurs homologues européennes, comment justifier l’adoption d’une telle taxe à l’échelle de l’Union si certains pays émettent déjà un signal prix quasi-dissuasif sur l’emploi d’énergies fossiles? En adoptant la taxe carbone, ou contribution climat – énergie, la France n’aurait fait que combler son retard en matière de fiscalité écologique.

Je ne m’explique d’ailleurs toujours pas le ton triomphant du MEDEF, qui s’est félicité de l’abandon de la taxe carbone au nom de la compétitivité française, alors que c’est justement l’absence de fiscalité carbone en France qui de facto rend les marges des entreprises, et donc la reprise économique, très vulnérable à la moindre hausse du prix du baril de pétrole.

Dans le même temps, le Grenelle de l’Environnement accuse le coup:
  • la loi sur l’affichage environnemental des produits de grande consommation ne devrait être appliquée qu’à partir de 2012, au lieu de 2011 précédemment;
  • l’article 26 sur l’obligation de bilan gaz à effet de serre pour les entreprises ne concerne toujours que les secteurs les plus émetteurs et n’évoque ni nécessité de vérification des émissions de GES, ni obligation de mise à jour régulière du bilan carbone (par exemple annuelle, ou, mieux, pour les entreprises qui publient des résultats au trimestre, trimestrielle)
Heureusement, certaines entreprises, conduites par des dirigeants qui font vraiment leur boulot d’anticipation, de recherche de la performance et de maîtrise des risques, n’attendent pas les lois pour prendre leurs responsabilités vis-à-vis de leurs salariés et actionnaires, en rendant leur fonctionnement moins dépendant de la volatilité des énergies fossiles.
D’autant plus que les bénéfices pour les entreprises de la démarche de management gaz à effet de serre sont multiples: valorisation des offres « décarbonées » dans le marketing, évolution de la gouvernance d’entreprise vers l’intégration de la performance environnementale, meilleure qualité de dialogue avec les collectivités et les ONG, réduction des coûts d’approvisionnements et des consommations énergétiques, instauration d’un dialogue avec ses fournisseurs stratégiques, éco-conception de nouvelles gammes,…
Enfin, la France, en n’adoptant pas son projet de taxe carbone déjà timorée, n’aide pas ses éco-industries exportatrices, par exemple celles du cluster francilien Durapôle, à disposer d’un temps d’avance dans la négociation avec les acheteurs internationaux.
Et si la solution était, pour nous autres éco-industries de l’export, de déménager au Danemark, aux Pays-Bas, en Suède, en Italie, au Royaume-Uni, ou au Luxembourg? La France, non contente d’oublier, par manque de vision, de préparer ses entreprises à l’avènement d’un prix pour le carbone, s’expose dangereusement à une fuite des entrepreneurs de la croissance verte, catalyseurs d’emplois aujourd’hui et surtout demain.