L’empreinte environnementale des services d’eau

La France, puissance mondiale de l’eau, a su, en inventant le modèle de la délégation de service public, faire émerger un marché local immense et des leaders industriels mondiaux tels que Veolia Eau, la Lyonnaise des Eaux (GDF Suez), la SAUR (Séché Environnement), et des challengers dynamiques tels l’Eau Pure, membre comme Verteego du cluster écotechnologique Durapôle.
Ces acteurs, malgré des mouvements inverses épidermiques de communes qui internalisent les régies d’eau, ont pris appui sur une demande hexagonale significative émanant des collectivités pour exporter leur savoir-faire et faire figure d’acteurs incontournables dans les pays industrialisés & développés comme dans les pays émergents ou encore en voie de développement.

Ce marché de l’eau est caractérisé de diverses manières. Dans le désordre, et à travers différents points de vue, on peut citer :
– D’un point de vue économique, la diversité du prix de l’eau, souvent fixé par la collectivité ;
– D’un point de vue marketing et commercial, les procédures d’attribution complexes ;
– D’un point de vue de la responsabilité sociétale, la qualité attendue du service proposé, éminemment fondamentale pour des raisons de disponibilité mais aussi et surtout en raison des enjeux sanitaires que l’eau, une ressource vitale, renferme à la fois pour l’espère humaine (toxicité) et pour l’environnement (écotoxicité) ;
– Et enfin, d’un point de vue sociologique, la prise de conscience encore relative mais de plus en plus répandue de la rareté des ressources naturelles, et des enjeux liés aux risques d’épuisement de l’eau dans certains quartiers du village mondial. Bon an mal an, cela entraîne des comportements plus écologiques de la part des consommateurs et des procédés plus économes en eau du côté des industriels (par exemple en faisant appel à de l’eau grise), engendrant une baisse des volumes d’eau utilisés. Autrement dit, comme l’ont affirmé avec justesse les grands acteurs de l’eau et quand bien même il reste beaucoup de chemin à parcourir dans le sens d’une meilleure gestion des fuites et d’une relégation à l’état de souvenir des gâchis, on ne consomme pas moins, on consomme mieux.

Nous disions donc que la France dispose d’une position de marché envieuse sur les marchés de délégation d’assainissement et de traitement de l’eau, mais nous oubliions que la concurrence internationale s’exacerbe et se multiplie.
A côté de cela une lame de fond côté clients, les collectivités, n’est autre que l’intégration progressive, mais systématique, de critères environnementaux dans les grilles d’attribution des marchés publics.

Pour citer des exemples que l’on connait bien chez Verteego pour leur fournir notre application de pilotage de l’empreinte carbone et pour sortir des métiers de l’eau en montrant que le mouvement est général et inexorable :
– la Communauté d’Agglomération de Val-et-Forêt en Région Ile-de-France met autour de la table de discussion sur les objectifs annuels de réduction des émissions de gaz à effet de serre ses syndicats de gestion des déchets et ses délégataires de services de transport ;
– la Communauté d’Agglomération de Sarreguemines-Confluences en Région Lorraine applique des critères environnementaux dans le choix de ses fournisseurs, le dernier en date étant le marché du rideau d’air chaud pour sa médiathèque.

Les acteurs du traitement, de la distribution, et de l’assainissement des eaux, qu’ils interviennent sur le mode de l’affermage, de la concession, ou de la régie intéressée, doivent faire face à la systématisation de l’observation de l’empreinte environnementale comme critère de sélection du partenaire délégataire.

En matière d’empreinte environnementale, c’est le critère carbone ou gaz à effet de serre qui s’est imposé magistralement pour participer à la mise en œuvre du Plan Climat Energie Territorial des Territoires.
Certaines collectivités attendent que soient déployées des systèmes de comptabilité carbone pour que soient intégrés au rapport annuel du délégataire un bilan carbone de l’année passée et un bilan carbone prévisionnel de l’année qui arrive, assorti d’objectifs de réduction et d’un programme d’actions détaillé. D’autres collectivités requièrent que soient présentés des empreintes prévisionnelles des chantiers industriels comme des évaluations de l’impact carbone des opérations de maintenance du réseau.

D’autres critères viendront agrémenter dans le temps les cartographies environnementales auprès des donneurs d’ordres : l’empreinte énergétique des procédés industriels (dite embodied energy chez les Anglo-Saxons), l’empreinte déchets des activités industrielles comme de maintenance, l’empreinte hydrique (dite également ‘eau virtuelle’), la présence de substances chimiques extrêmement préoccupantes dans les machines, tubes, outils, produits utilisés tout au long du processus – par exemple dans le cadre de l’application du règlement européen REACH et de son obligation de traçabilité des substances candidates, ou encore qualité des sols et de l’air.

La performance environnementale venant s’inscrire aux côtés des traditionnels critères, pour simplifier, de qualité, de coûts, de délais, les industriels se penchent aujourd’hui sur de nouveaux modèles économiques. Si en effet l’on peut assister à une forme de nivellement des sujets de qualité et coûts notamment, certains industriels poussent et investissent dans l’économie bas carbone et la performance environnementale, alors que d’autres y vont à reculons, poussés par la contrainte des clients et des pouvoirs publics. Les premiers seraient bien inspirés d’influencer les collectivités pour voir la performance environnementale valorisée dans les cahiers des charges à hauteur, par exemple, de 15% à 20% : en raison du nivellement des prix et de la qualité perçue précédemment mentionné, les « meilleurs » sur le plan environnemental pourront, dans l’intérêt général, continuer à creuser leur avantage concurrentiel et poursuivre leurs investissements dans une économie qui prend la mesure de l’importance de la préservation des ressources naturelles et de l’environnement.