Économie circulaire, vers de nouvelles solutions industrielles

Photo_colloque_économie_circulaireCirculez, il n’y a rien à voir ? Le colloque du Conseil National de l’Industrie (CNI) organisé le 27 avril 2016 sur le thème « L’économie circulaire : vers de nouvelles solutions industrielles » afin de dresser un premier bilan des engagements pris par les filières industrielles et promouvoir un nouveau dispositif d’engagement semble bien vouloir faire mentir cet adage !

L’économie circulaire, qui doit permettre la mise en œuvre d’un nouveau paradigme plus efficace dans l’utilisation des ressources en fermant la boucle du modèle linéaire traditionnel Extraire – Fabriquer – Jeter est un concept aussi actuel que fédérateur, au cœur des enjeux d’innovation, de transition écologique, d’efficacité industrielle, et de compétitivité. Rien de surprenant donc dans le fait que cet événement ait eu lieu à Paris Bercy, sous le haut patronage d’Emmanuel Macron, Ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique et de Ségolène Royal, Ministre de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer, finalement représentée par Laurence Monnoyer-Smith, Commissaire Générale au Développement Durable.

Après une keynote d’ouverture d’un excellent niveau, mené par Jocelyn Blériot, Directeur des Relations Extérieures de l’influente Fondation Ellen MacArthur, dont les rapports sur le sujet, rédigés avec le cabinet McKinsey, font référence. Elle a ainsi notamment pu montrer que si l’industrie manufacturière en Europe adoptait un modèle d’économie circulaire, elle pourrait réaliser 630 milliards de dollars d’économies par an jusque 2025, c’est-à-dire environ 9% du PIB européen.

La suite du colloque est dès lors construite comme une rampe de lancement d’un nouveau dispositif d’accompagnement des entreprises : les « Engagements pour la Croissance Verte » (ECV), qui visent donc à faire de l’économie circulaire un levier de compétitivité, créatrice de valeur pour les entreprises et structurante sur les territoires.

La démarche, inspirée des « Green Deals » néerlandais – partenariats multi-acteurs instaurés en 2011 qui a déjà permis à 500 entreprises de s’impliquer dans des synergies similaires –  vise, expliquera le Ministre dans son intervention, à « lever de manière pragmatique » les barrières auxquelles sont confrontés les projets d’économie circulaire « via des initiatives de terrain ». L’objectif étant de valoriser les meilleures pratiques en matière d’écoconception, d’économie de fonctionnalité, de réparabilité, de recyclage ou de réemploi, et ce « au-delà des indispensables lois et décrets ».

La version française prend en effet la forme de contrats réciproques entre porteurs de projets et l’Etat, non juridiquement contraignants… Car, expliquent les responsables de la Section au sein du CNI, la genèse de cette initiative remonte à trois ans. Pour rappel, à l’occasion de la conférence environnementale de 2013, les industriels avaient émis aux pouvoirs publics le souhait de s’engager dans ce type de démarches volontaires conjointes, plutôt que de se voir imposer de nouvelles réglementations contraignantes en matière environnementale. Les démarches liées à l’économie circulaire ont en effet reçu un accueil favorable d’un certain nombre d’industriels, qui y ont vu un moyen de sécuriser les approvisionnements en matières premières dans un contexte de raréfaction des ressources, de réduire consommations et coûts de production, de s’ouvrir à des nouveaux marchés, ou de s’ancrer localement au sein de synergies territoriales.

Ainsi, pour l’heure, les quatre engagements signés officiellement par le Ministre avec les organisations qui les portent concernent :

  • Le recyclage et la valorisation des déchets de plâtre, portés par le Syndicat National des Industries du Plâtre (SNIP)
  • La création d’une nouvelle filière de recyclage et de valorisation du verre acrylique destinée aux marchés de l’automobile, du nautisme et de l’éolien pilotée par Arkema
  • Le recyclage des uniformes et textiles professionnels initiés par la SNCF avec l’association Orée et des PME de la filière textile
  • Le recyclage des granulats et matériaux de construction inertes portée par l’Unicem.

Une quinzaine d’autres engagements de ce type seraient en cours d’élaboration, permettant à Emmanuel Macron d’insister sur le « levier de renouveau industriel » et la « myriade d’actions concrètes » que représentent l’économie circulaire, « laboratoire formidable » pour l’innovation.

Pour conclure, ce colloque aura pu prouver, s’il fallait encore le faire, que la mobilisation des industriels est clef dans l’accélération de la transition vers une économie circulaire et que l’intelligence collective issue des territoires constitue dans ce but une ressource précieuse. Pour autant, il y a fort à parier que ce changement de paradigme économique nécessitera des changements structurels allant au-delà des démonstrations de bonne volonté, pour intégrer l’ensemble des externalités environnementales tout en créant de la valeur pour les acteurs économiques et des emplois nets dans notre société de demain. Ainsi, donner un prix au Carbone et adapter le taux de TVA sur les produits liés au réemploi ou à la réutilisation (piste proposée par la présidente du Réseau ENVIE, Anémone Berès) pourront, par exemple, faciliter le découplage du PIB de notre consommation de matières premières en assurant une concurrence plus équitable aux acteurs innovants…