Ouverture du concours DataPoC chez BPIFrance

Nous étions hier après-midi, le 2 mars 2017, chez Bpifrance, boulevard Haussmann à Paris, à quelques centaines de mètres de nos bureaux, pour le lancement de DataPoC.

Premier du genre, DataPoC est une démarche d’open innovation née à l’initiative de la Direction Générale des Entreprises, la fameuse DGE, et financée par Bpifrance dans le cadre des enveloppes des Investissements d’Avenir.

En quelques mots, il s’agit de faire émerger des besoins en data management de la part de grands groupes, qui choisiront leurs prestataires à l’issue d’un concours entre startups, TPE ou PME candidates – la candidature à DataPoC n’étant pas ouverte à des structures dont la taille est supérieure à 250 salariés.

L’événement de lancement, animé par Teratec, le spécialiste bien connu du high performance computing (HPC), qui fournit les experts pour gérer la procédure du concours, fut intéressant.

Il fut ouvert par Sophie Rémont, Directrice de l’expertise de Bpifrance, par Gary Norden, chargé de mission à la DGE, et par Gérard Roucairol, Président de Teratec. Chacun rappela son rôle dans le dispositif.

Ledit dispositif DataPoc, constitué de dix challenges de data management proposés par des grands comptes, fut ensuite présenté sous toutes ses facettes par Karim Azoum, son responsable chez Teratec. Voici les slides de sa présentation :

Puis vint la partie la plus intéressante : la présentation par chacun des grands comptes émetteurs de besoins de détails concernant les données disponibles, les objectifs business et techniques attendus, les temps et les compétences disponibles au sein de leurs équipes. Bon, là, on ne va pas vous mettre tous les slides car ça ferait trop. Mais comme le montre la slide ci-dessus, il n’y a que de très belles sociétés, pour des projets globalement très intéressants même si préparés de manière plus ou moins rigoureuse, et présentés avec plus ou moins d’enthousiasme.

Cependant, il faut avouer qu’il fut fort appréciable d’écouter les grands comptes pitcher car d’une part, l’intitulé ne laissait pas toujours augurer précisément des attendus, d’autre part, les questions de la salle furent nombreuses et permirent sans aucun doute de préciser ce dont il était réellement question. Et puis, ne le cachons pas, quel plaisir, pour une fois, de voir les grands groupes essayer de convaincre les meilleurs entrepreneurs de choisir de réaliser leur projet, plutôt que l’inverse !

Pour conclure, disons que cette initiative est enthousiasmante à de nombreux titres : déjà, les challenges sont éminemment intéressants et variés ; ensuite, la modération Teratec-DGE-Bpifrance entre le grand compte ‘client’ et la ‘startup’ équilibrera nécessairement la relation dans le cadre du projet. On peut après fortement supposer que Teratec-DGE-Bpifrance ont qualifié que le projet est d’importance pour le grand compte (histoire que ce dernier ne mette pas des mois à fournir les données à la startup retenue pour que celle-ci démarre le PoC), ou enfin qu’ils font signer aux grands comptes une charte qui assure qu’ils mobiliseront les ressources adéquates dans des délais optimaux pour faciliter le travail de la startup qui aura la charge de réaliser la preuve du concept attendue. En effet, on a tous un projet signé qui met du temps à démarrer car les données n’arrivent pas – pour des raisons techniques (ex. la licence de l’ETL du client n’est pas encore renouvelée) ou humaines (plus de bande passante ou projet requalifié comme moins prioritaire vs. d’autres, plus stratégiques).

Pour nuancer le fait que tout soit merveilleux, ce type d’initiative révèle aussi que, malgré le buzz qu’ils font autour de leurs démarches d’open innovation, les grands comptes ne sont pas encore tous matures pour passer directement commande aux startups pour des PoC : ils ont encore du mal avec la notion de risque, même si c’est en sortant de sa zone de confort corporate que l’on parvient à innover ; et ont donc besoin de cachets institutionnels pour se rassurer, et le dispositif avec un jury composé de Bppifrance, d’un expert Big Data de chez Teratec et d’un partenaire technologique type Intel prend tout son sens. Heureusement, les startups retenues bénéficieront aussi de ce cachet institutionnel et technologique (le jury étant constitué d’experts) et de ses bénéfices en matière de communication : en effet, qu’elles réussissent le PoC et quand bien même l’industriel ne souhaiterait pas poursuivre, elles pourront toujours se prévaloir de ce projet réussi et forcément visible – grâce au dispositif – alors que nous sommes bien placés pour savoir qu’il n’est pas toujours évident, pour d’ailleurs de très bonnes raisons, de communiquer sur des projets liés à la data dans les grands comptes, en particulier dans l’industrie. L’autre écueil que nous voyons, c’est que la forme même que prendrait la poche de financement suppose que la startup investisse 55% des ressources nécessaires pour le projet : nous n’avons pas encore lu les clauses de Propriété Intellectuelle dans la charte mais dans ces conditions, on peut supposer que toute la PI sera retenue par le fournisseur. Je vois un premier problème, de l’ordre des habitudes que l’on inculque aux grands comptes : dans notre économie colbertiste et jacobine à la fois, l’Etat s’occupe de tout et quand il en faut un peu plus, le fournisseur y va de son pécule. C’est OK pour nous de temps en temps, nous sommes une startup installée depuis dix ans, mais cela élimine la concurrence toutes les nouvelles startups, qui ne vivent pas encore de leur produit d’exploitation ou qui n’ont pas levé d’argent. Alors que ces dernières seraient les premières bénéficiaires des PoC : les jeunes startups fragiles sont les entreprises qui ont le plus besoin de belles références. Second problème : si j’étais un grand compte, j’aurais demandé à Teratec d’insérer dans le contrat une clause de rachat de la PI sous la forme d’indicateurs clairs à atteindre pour que le PoC se poursuive en exploitation. Cela permettrait à la startup de calculer son risque avant de prendre sa décision d’investissement, et au grand compte de disposer dans tous les cas d’une option pour récupérer au moins la copropriété de la PI (il pourrait en effet toujours dire que les indicateurs tels qu’atteints sont good enough même si quantitativement c’est un peu en-dessous).

Et puis, ne boudons pas notre plaisir de voir de telles initiatives apparaître malgré tout, DataPoC, ça peut être le début de très belles histoires partenariales entre un grand compte, parrain, qui aidera la startup à grandir dans son écosystème, dans sa roue. On a un bon feeling avec ce type de concours depuis Drim’in Saclay, qui s’était bien passé pour Verteego, dans un groupe de gens formidables qui a donné des suites – certes relativement modestes, mais quel bonheur de voir des rencontres de passionnés, à un événement parfaitement organisé et animé, aboutir à des projets concrets. DataPoC comprend tous les ingrédients pour faire au moins aussi bien, et croyez-nous, la barre est haute.

Pour l’anecdote, l’un des challenges DataPoc nous intéresse fortement, chez Verteego, mais on ne vous dira pas lequel 😉 cependant, saurez-vous le deviner ? Un indice : si vous nous connaissez un minimum, c’est (très) facile. Dans tous les cas nous prévoyons de contacter le grand-compte porteur prochainement pour engager la discussion préalable à notre décision de déposer un dossier.