Conférence « Les collectivités doivent-elles internaliser leur management GES? » au Salon des EnR

Ce vendredi 18 juin 2010, lors de la troisième et dernière journée du Salon des Energies Renouvelables organisé au Parc des Expositions de la Porte de Versailles à Paris, Verteego et le Grand Prix de l’Environnement des Villes et Territoires d’Ile-de-France ont organisé une table ronde sur le thème « Les collectivités territoriales peuvent-elles, doivent-elles internaliser la compétence de management des Gaz à Effet de Serre pour réduire leurs coûts énergétiques et leur dépendance aux combustibles fossiles ?« . La table-ronde était animée par Jeremy Fain, cofondateur et Président de Verteego, éditeur d’une application de management gaz à effet de serre pour les collectivités territoriales.

L’assistance , grâce à la diversité des intervenants, a pu apprécier les enjeux qui sous-tendent cette interrogation au travers de l’expérience et des points de vue parfois divergents exprimés par les différents acteurs impliqués dans la gestion des émissions de gaz à effet de serre au niveau des collectivités. Etaient présents autour de la table :

– Mme Laura François, chargée de mission Environnement de la Communauté d’Agglomération de Val-et-Forêt, qui a rappelé le rôle crucial des élus dans la généralisation des bonnes pratiques en matière de management carbone.

– Mr Christian Hector, Directeur Général des Services Techniques de la Communauté d’Agglomération de Sarreguemines-Confluences. Mr Hector a expliqué la nécessité d’internaliser les compétences de gestion des émissions GES par le fait qu’une comptabilité carbone , pour être efficace, doit être réalisée sur le long terme : certes, un bilan carbone initial est important, mais il est crucial de pouvoir évaluer l’impact des mesures que l’on prend pour réduire ce bilan. Il est donc important qu’au sein des collectivités, se créent des équipes internes spécialisées dans ces questions : elles sont mieux à même d’évaluer les performances carbone d’une collectivité, car elles ont une meilleure connaissance des spécificités des collectivités, et ont accès à des données plus précises que des cabinets ou des bureaux d’études extérieurs. Mr Hector a toutefois nuancé son propos en indiquant qu’une telle internalisation n’était possible que lorsqu’il y avait un délai suffisant pour assurer la formation d’une équipe  : Christian Hector a ainsi déclaré que si son bilan carbone avait été demandé dans un délai inférieur à 6 mois, il aurait dû faire appel à un cabinet extérieur. Mr Hector a ajouté que la démarche d’internalisation, alors qu’elle s’inscrit dans le plus long terme, est paradoxalement assez marginale, car il n’y a pas d’incitation fiscales ou financières à internaliser alors que le recours a un bureau d’études peut faire l’objet d’une subvention, l’État n’accorde aucune aide en cas de création d’un emploi (en l’occurrence celui de Mme Claire Kieffer, juriste, et connaisseuse des enjeux des territoires) de comptabilité carbone.

-Mr Matthieu Coffinet, responsable du développement et Associé du bureau d’études MEV, accompagne la Ville de Fleury-Mérogis durant 6 mois dans la mise en place d’une comptabilité carbone, et a souligné le fait qu’une internalisation passait par une véritable interprétation du bilan carbone, en créant de nouvelles métriques de performance lisibles et significatives pour les collectivités. La valeur ajoutée des cabinets de conseil, c’est de proposer de véritables solutions opératoires pour réduire l’empreinte carbone, et en suivre les résultats sur le moyen ou long terme .

– Mr Régis Maubrey, Directeur Associé chez Greenway International, cabinet d’accompagnement des collectivités territoriales spécialisé dans les pays émergents, a élargi le débat aux collectivités du Sud, montrant que les cabinets de conseil venaient pallier les déficiences des gouvernements locaux sinon en leur apportant les compétences en matière de gestion environnementale , du moins les structurer et les orienter. Mr Maubrey a toutefois ajouté que la performance carbone était encore peu prise en compte, du fait d’impératifs en apparence plus pressants (eau, déchets…).

Mr Olivier Delourme, fondateur du cabinet de conseil Ecophile et du Grand Prix de l’Environnement des Villes et Territores d’Ile-de-France qui accueillait cette conférence, était présent dans l’assistance et a mit en exergue les effets d’entraînement que connaissent les villes qui prennent exemple sur les communes qui font figure de bons élèves du management carbone, telle Massy qui s’inspire de Fribourg et de son Agenda 21.

Globalement, il ressort de cet échange qu’une part croissante des collectivités territoriales françaises , dans une optique double de réduction des coûts et de mise en valeur du territoire, transpose  en efforts de gestion environnementale concrets. Ce faisant, elles font figure d’initiatrices des bonnes pratiques environnementales qui ouvrent la voie à l’ensemble du tissu économique. Ce statut de précurseur de l’État – incarné en ses collectivités territoriales – est d’ailleurs renforcé par l’adoption de législations qui visent à internaliser les impacts négatifs des agents économiques (principalement les entreprises) notamment en les incitant voire en les obligeant à intégrer le coût carbone dans leurs décisions. Mme Laura François a clairement insisté sur le caractère déterminant de la législation (en l’occurrence l’obligation faite aux collectivités d’avoir un plan Climat avant 2012) dans la démarche de management gaz à effet de serre initiée par Val-et-Forêt.