Le compte-rendu Verteego du sommet Climate Chance à Nantes


Climate Chance, un format original, ouvert et efficace

Climate Chance, le premier sommet mondial des acteurs non-étatiques engagés dans la  lutte contre le dérèglement climatique a eu lieu à Nantes, du 26 au 28 septembre 2016.

2016-11-10-11-49-06

Collectivités, entreprises, associations, syndicats, organismes scientifiques et citoyens ont été convoqués parce-que souvent, les solutions de la société civile ont un temps d’avance sur celles des Etats. Les actions de la société civile sont plus souples, plus réactives, plus efficaces, dans le concret.

Ainsi trois mille participants de soixante-deux nationalités, conscients de la nécessité de contenir le réchauffement climatique sous les deux degrés, voire de s’efforcer à rester au-dessous d’un degré et demie, se sont donnés rendez vous pour :
– dessiner l’état de l’action climatique à travers le monde,
– approfondir les échanges sur les réussites comme sur les difficultés,
– favoriser la mutualisation des expériences et des innovations.

A quelques semaines du forum Habitat III à Quito et de la COP22 au Maroc, le but de ce sommet nantais était également de produire et de délivrer un message commun pour établir un trait d’union entre le COP21 et la COP22. But et défi relevés grâce à une implication majeure des participants mais aussi à une organisation originale et efficace en plénières, forums, ateliers et dialogues de haut niveau. Il en est résulté ainsi un débat structuré, multilatéral avec l’ensemble des parties non-étatiques pour traiter les différentes thématiques permettant d’aboutir à un document commun : la Déclaration de Nantes.

Plénière d’ouverture : morceaux choisis

Johanna Rolland, Maire de Nantes et Présidente de Nantes Métropole, a ouvert la séance plénière du sommet avec une phrase coup de poing, « un seul argument suffit pour souligner l’importance et la gravité du dérèglement climatique : le nombre de réfugiés climatiques dépasse d’ors et déjà le nombre de réfugiés politiques ». En même temps, la transition est perçue comme une opportunité, une promesse et un choix politique, un moyen même de réduire les inégalités. Les propos de Ségolène Royal, à travers un message vidéo, sont allés dans le même sens : 70% de la transition se fait au niveau infranational.

dantec-clotureRonan Dantec, « alma mater » du sommet, a alerté sur les attitudes climato sceptiques mais surtout sur le « climato fatalisme », ajoutant qu’il est nécessaire de montrer que l’action de terrain marche et de crédibiliser un scénario réaliste pour forcer les contributions volontaires des états.

Pour compléter l’entrée en matière, Hoesung Lee, président du GIEC, a rappelé qu’un philosophe avait participé à la rédaction du dernier rapport du GIEC. Les scientifiques et les climatologues ont compris qu’il est nécessaire de développer une nouvelle vision de la prospérité. Le comportement est bien la clef de voûte des efforts et des actions pour enrayer le changement climatique, puisque, selon ses paroles, à l’heure actuelle il n’y a pas de choix, c’est résilience ou destruction. Et à Jean Jouzel, climatologue et ancien vice-président GIEC, de rappeler que l’Accord de Paris vise un maximum d’émissions de 55 gigatonnes, sachant que pour ne pas dépasser deux degrés celsius la limite est de 40 gigatonnes…

Le ton était donné : il y a urgence d’agir, les pistes existent, il faut les partager, collaborer à toutes les échelles. Radicalité dans la coopération pour crédibiliser l’Accord de Paris.

La plénière a été l’occasion de donner la parole à tous les secteurs, une multitude des voix représentant aussi bien les jeunes que le monde des affaires, la science, l’ONU, etc. Les regards croisés des acteurs non-étatiques, chacun a apporté sa vision, ses préoccupations et propositions au débat.

Gotelind Alber, de Women for Climate Justice a rappelé le besoin d’intégrer les questions de genre, avec une réflexion sur la culture du « care » (soin, mais aussi attention, s’occuper de) attribué aux femmes et sous-évaluée, notion qui dépasse la seule préoccupation de production.

Hindou Oumarou Ibrahim, coordinatrice de l’association de femmes des peuples autochtones du Tchad, appelant à une chaîne d’actions pour la planète, les gens, les plantes, les animaux, a rappelé que pour les peuples autochtones il s’agit d’une question de survie, ce pour quoi il est urgent de démontrer la trajectoire des un degré et demie par des actions. « Les résultats de l’accord de Paris ne sont pas visibles, tandis que le changement climatique, nous, on le voit tous les jours » Puis Hindou Oumarou Ibrahim a attiré l’attention sur le problème de l’accaparement des terres, en demandant qu’il soit considéré comme un crime contre l’humanité.

no-commentLes représentants du monde des entreprises, WBCSD et ICC, on fait appel au courage des élus pour l’adoption de politiques (policies) liées aux enjeux climatiques et un prix au carbone, soulignant que pour faire face à la transition, les entreprises ont besoin d’un climat d’affaires sécurisé. Il faut surmonter la méfiance envers les entreprises, dira Brice Lalonde dans la foulée, « cent quatre-vingt quatorze pays à mettre en route l’accord, c’est nous tous, ce pourquoi il faut des coalitions qui dépassent les frontières ».

Le représentant de la confédération paysanne a souligné que les enjeux climatiques sont une chance pour mettre en phase les productions agricole et alimentaire, (re ?)tisser des liens entre ruraux et citadins, et relocaliser des emplois. Pour cela, la préservation des terres agricoles est primordial, rappel à propos de l’aéroport de Notre Dame des Landes…

Laurence Tubiana, championne pour le climat, a rappelé que l’Accord de Paris vise zéro émission après 2050 !! On ne sait pas à quoi le monde ressemblera en 2050…

Trois jours de débats, fructueux sur le plan des idées

ce-qui-reste-a-faire

Ce qui reste à accomplir…

 

Puis se sont ensuivis trois jours intenses organisés en plénières, forums et ateliers en parallèle, avec des personnalités clés de l’action climatique internationale, pour approfondir les sujets tels que le lien indissociable entre climat et développement, le nouveau cadre de la ville durable, le financement de l’action climatique, la mobilisation des acteurs locaux, des femmes et des jeunes…

 

 

Pendant ce temps là, dans le grand hall du centre de congrès de Nantes, un « espace agora », Place for Stories,  accueillait des acteurs qui s’engagent au quotidien contre le changement climatique et qui écrivent le récit de la transition. Entrepreneurs, artistes, experts, élus, et bien d’autres, témoigneraient sur leurs actions, leurs interrogations, le chemin parcouru depuis la COP21, leurs espoirs pour la COP22 et sur ce qu’un événement comme Climate Chance peut leur permettre d’accomplir.

les-recits-de-la-transition-2

j-rolland-agora

 

 

 

 

 

 

 

 

A la fin de ces trois jours, après cinq plénières pour balayer les grands enjeux, seize forums pour valider les feuilles de route à l’horizon 2018 des coalitions thématiques, dix focus sur les initiatives déjà engagées et soixante-quinze ateliers d’échange autour des meilleures pratiques, le temps était venu pour la plénière de clôture.

C’est à Pierre Calame qu’est revenue l’immense tâche de formaliser une synthèse des ateliers pour faire un retour aux participants en ouverture de la plénière finale, accentuant ainsi l’esprit de travail commun de ce sommet. Se servant de l’application d’intelligence collective Desmodo (www.desmodo.net), il a établi des cartes conceptuelles avec cinq lignes de force communes, (le temps, les acteur/domaines, l’espace, la vision du monde, le territoire pivot de la transition) signalant le passage du non durable aux systèmes durables, du négatif au positif : le grand récit de la transition. « Alone we go faster, together we go further » affichait le Comité 21…

Pour Ronan Dantec la tâche avait été accomplie, Climate Chance venait d’acquérir son statut de Sommet International, l’annonce de l’engagement du Maroc pour accueillir le deuxième sommet du même nom en 2017 permettait de le confirmer, mais c’est surtout La Déclaration de Nantes, le fruit de ces trois jours de travail avec son caractère de feuille de route qui lui confère une place dans l’agenda climatique mondiale.

La Déclaration de Nantes des acteurs du climat : ses atouts

Sachant que l’agrégation des engagements volontaires des Etats issus de l’Accord de Paris nous laisse encore aujourd’hui sur une trajectoire de trois degrés celsius, il est indispensable de porter des propositions constructives et précises, de renforcer et d’accélérer la mise en œuvre de l’action, permettant aux Etats de procéder à des réévaluations ambitieuses de leurs contributions volontaires.

Les agendas du climat sont indissociables des Objectifs de Développement Durable (les dix-sept ODD), le réchauffement planétaire étant incompatible avec tous les objectifs de développement durable. En effet, les outils de lutte contre le dérèglement climatique doivent aussi permettre de répondre aux autres grands défis de ce siècle, et de conforter la résilience et le développement durable des territoires.

S’emparer des divers sujets liés au financement est primordial : non seulement il faut mobiliser cent milliards de dollars de financements additionnels par an sur l’action climatique, mais encore une nécessité de cohérence sur l’ensemble des financements internationaux s’impose pour que les flux financiers existants dans l’économie locale et nationale et les projets d’infrastructures soient compatibles avec les mandats des accords climatiques et avec l’agenda du climat et du développement durable. Ceci devrait être complété par le renforcement de l’utilisation de Fonds verts pour des projets de petite échelle mais aux impacts importants, inclusifs et réplicables.

Les stratégies nationales visant un maximum de deux degrés, ou mieux de un degré et demie, nécessiteront une planification à long terme, des « plans 2050 » pour faire en sorte que les trajectoires de développement soient cohérentes avec ces objectifs, en intégrant aussi les enjeux d’adaptation dans tous les grands domaines d’action ainsi que le risque climatique dans toute planification territoriale. La valorisation des co-bénéfices des actions d’atténuation et d’adaptation doit être davantage prise en compte et mise en scène : les approches intégrées, type Air-Climat-Energie, et systémiques, type économie circulaire, sont à privilégier.

L’approche décentralisée, en prenant appui sur les autorités locales et régionales, et l’implication des acteurs du territoire et de la société civile, seule garante d’un niveau élevé d’engagement durable de tous et pour tous, sont au cœur d’une stratégie réussie pour atteindre ces objectifs.

L’action contre le dérèglement climatique ne peut être efficace que si elle réussit à fédérer l’ensemble des acteurs en capacité d’agir, de là l’importance stratégique du renforcement des capacités des acteurs locaux et régionaux pour soutenir l’action concrète et quotidienne portée par les différents acteurs non-étatiques sans laquelle aucun Etat ne sera en mesure d’atteindre ses propres engagements.

Il est proposé donc aux élus et à leurs réseaux de développer les échanges au sein de, et avec les coalitions pour renforcer leurs propres actions, pour fédérer sur leurs territoires l’ensemble des acteurs non-étatiques et pour intégrer la sensibilisation des citoyens sur les enjeux de l’adaptation et de l’atténuation.

Vers un Climate Chance II au Maroc à l’automne 2017

bienvenus

Le rendez-vous est pris à Climate Chance II à l’automne 2017 au Maroc pour faire un point d’étape…

Signataires : cent quarante-cinq représentants de Gouvernements locaux et régionaux, Entreprises et Industrie, Enfants et jeunesse, Peuples autochtones, ONG, Femmes et genre, Travailleurs et syndicats, Acteurs culturels.