Viticulture décarbonée : les vignobles français de Champagne et de Bordeaux – World Efficiency 2015

Quelle est la place de la viticulture en France ?

Elle incarne une forme de qualité de vie à la française, mais c’est surtout une filière compétitive au sein de l’économie française : un secteur très excédentaire sur le plan commercial, conscient de son devoir d’exemplarité. Certains vignobles français sont donc depuis plus de 10 ans produits dans le souci du développement durable et les pratiques associées sont constamment améliorées, notamment en termes de bilan carbone.

Pour nous présenter les démarches mises en place pour une viticulture décarbonée, Muriel Barthe, Directrice technique du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux et Arnaud Descôtes, Directeur technique adjoint du Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne, ont participé à l’atelier animé par Stéphane Amant, Senior Manager chez Carbone 4, pendant le salon World Efficiency qui s’est tenu du 13 au 15 octobre.
Nous vous en faisons une synthèse.

Les facteurs déclencheurs : pourquoi chercher à décarboner la viticulture ?

Arnaud Descôtes résume ces facteurs :
– l’impact du prix du pétrole sur la filière champagne. Un baril à 150$ entraîne un surcoût de l’ordre de 150 millions d’euros pour la filière, soit 5% de son chiffre d’affaires.
– la demande des consommateurs, qui ont de plus en plus de préoccupations éthiques et sont plus exigeants.
– les signaux d’alerte des scientifiques : à long terme, il s’agit d’un véritable enjeu de solidarité envers les générations à venir.

Les objectifs fixés et les premières étapes

Les deux filières ont mis en place un Système de Management Environnemental (SME).

Tableau objectifs champagne bordeaux good

L’interprofession comme clé du succès dans le combat au changement climatique

Muriel Barthe explique qu’il existe 7000 viticulteurs mais une seule méthodologie, appuyée sur celle du bilan carbone, ce qui a permis dès 2009 d’atteindre 9% de réduction de GES notamment grâce à la coopération des verriers. Le nombre d’entreprises engagées dans le SME du vin de Bordeaux a été multiplié par 10 en quatre ans et la démarche territoriale est reconnue au niveau national comme international.

Contrairement à la filière du vin de Bordeaux, la filière Champagne a le collectif dans les gènes : l’interprofession est historique parce que l’organisation a toujours été centralisée.

Comparaison de l’empreinte carbone du vin de Bordeaux et du Champagne

Le produit n’est pas du tout le même, mais leur empreinte carbone est semblable car elle est due essentiellement :
– Au conditionnement
– A l’énergie consommée pour produire la vigne (notamment les tracteurs)
– Au transport des bouteilles

Des premiers résultats prometteurs mais insuffisants

Les deux filières ont réussi à réduire considérablement les émissions de GES en ce qui concerne les matériaux entrants (50% de moins pour les phytosanitaires dans la filière Champagne), le poids de la bouteille, l’énergie, mais elles augmentent pour le frêt du fait du développement du marché à l’international.

La feuille de route pour 2016-2020

Tableau feuille de route champagne bordeaux
Chez Verteego, nous avons particulièrement apprécié cette approche pragmatique du développement durable. Muriel Barthe a ainsi souligné l’importance d’une écologie économique plutôt qu’une écologie utopique et Arnaud Descôtes parle de création de valeur : le développement durable n’est pas pensé au détriment du développement économique de l’activité, mais au contraire sert ses intérêts.