Autolib arrive à grandes roues. Sommes-nous prêts ?

Autolib c’est la mesure phare du programme de Bertrand Delanoë pour réduire le trafic automobile dans la capitale. Sous forme d’abonnement, Autolib donne accès à une flotte de voitures électrique en libre service. En quelques chiffres : l’abonnement environ 200 à 250 € pour une distance de 0 à 100 km, 4 000 voitures et 700 points de stationnement réservé (500 en surface et 200 en sous-sol).

Le concept est le même que pour Vélib : l’économie de fonctionnalité c’est à dire proposer le service rendu par un objet plutôt que l’objet lui-même.

Savez-vous que nos ingénieurs apprennent à calculer la taille parfaite d’un boulon pour que celui-ci ne supporte qu’un nombre limité d’utilisations et non pour qu’il dure le plus longtemps ? Ca semble aberrant et pourtant c’est vrai !

Notre économie est fondée sur la consommation, or tant que dure un produit il n’y a pas de besoin de le renouveler. L’obsolescence des produits est donc un facteur clé de croissance et est prise en compte et calculée. Penser que les fabricants d’électroménager d’aujourd’hui ne sont pas capables de produire des réfrigérateurs ou des lave linge aussi résistants que ceux des années 60 est un peu naïf. Cela n’est juste pas leur intérêt. Tant que ce postulat sera validé, nous ne risquons pas de réduire nos déchets ni de sortir de l’ère du jetable. L’entreprise doit découpler la création de richesse de l’utilisation des ressources naturelles pour concilier croissance, pérennité et réduction des déchets.

Un exemple célèbre d’économie de fonctionnalité est celui des photocopieurs. Pendant longtemps les entreprises ont acheté des photocopieurs complexes, tombant souvent en panne (et ce toujours au plus mauvais moment) et impossible à réparer pour un quidam. Xerox change la donne en ne vendant plus le photocopieur mais la prestation copie ! C’est la révolution. Pour les entreprises, l’offre est bien plus pertinente, une nouvelle garantie de qualité de service et un entretien lourd à gérer en moins. Pour le fabricant, il faut repenser la conception pour faire des produits plus robustes, mieux réparables et plus recyclables puisque la rentabilité dépend désormais de la durée de vie et de la qualité des photocopieurs. C’est un succès commercial et bien vite c’est toute la filière qui se transforme pour offrir une prestation similaire !

Il y a d’autres exemples comme les laveries automatiques, les dalles de moquettes en leasing d’Interface Inc, le Vélib ou encore la solution Fleet de Michelin (Michelin propose d’assurer la logistique des pneumatiques pour les poids lourds garantissant un usage optimum et une baisse sur la consommation de carburant. La R&D peut désormais s’axer sur la performance et la durée de vie des pneus).

Le concept d’économie de fonctionnalité crée du lien social, de l’emploi et peut potentiellement être adapté à tous les objets que nous possédons et dont nous ne faisons pas un usage optimal. Cependant, la schéma de possession pour des objets dit d’image comme la voiture est solidement ancrée chez les consommateurs. La voiture acquiert une valeur affective, elle est vécue comme un prolongement de son chez soi, une projection de son appartenance sociale, de sa personnalité dès lors renoncer à la posséder et concéder à la partager constituent des freins sérieux. Si 43 % des Parisiens possèdent une voiture, rien ne laisse penser qu’il serait prêt à la laisser au garage pour rouler en Autolib. Pour Denis Baupin, adjoint à la circulation à la mairie de Paris, ce « système de location de voiture […] risque de n’être qu’un substitut des taxis » source Libération. Le positionnement de l’offre d’Autolib n’est pas clair. N’oublions pas que le Vélib devait déjà désengorger le trafic automobile à l’intérieur de la capitale et a finalement plutôt capter les usagers des transports en commun n’influant que très peu sur le trafic routier.