La révolution numérique de l’agriculture française est-elle en marche ?

IMAG0144La France a déjà vécu une première révolution agricole avec la démocratisation des fertilisants et pesticides chimiques et la sélection de variétés de plantes, permettant une forte hausse de la productivité. Aujourd’hui, la hausse des prix due à la surproduction, la crise écologique, l’appauvrissement des terres, etc. caractérisent l’essoufflement de cette première effervescence. Mais une seconde révolution est en marche : la révolution numérique de l’agriculture. Tel était en tous cas le thème du séminaire auquel Verteego a participé le 7 avril 2016, à l’École Polytechnique, séminaire organisé par l’association Aristote et présenté par David Menga. Pour être précis, l’intitulé exact de la journée était : « La seconde révolution agricole, verte & numérique« .

David Menga, qui assurait la coordination scientifique de la journée, a d’abord rappelé qu’une sortie de la crise agricole peut être envisagée grâce à une montée en gamme de l’agriculture française. En effet, la concurrence sur le marché des denrées alimentaires à bas coût est féroce, la France pourrait se différencier en produisant des produits de qualité : biologique, labellisé et … connectés ?

Hervé Pillaud, agriculteur vendéen, auteur du livre Agronumericus, a débuté la journée avec une présentation des enjeux du numérique pour les agriculteurs et pour l’évolution de leur métier, ont ensuite suivi des présentations d’innovations numériques au service de l’agriculture : plateforme de gestion des données des exploitations, cartographie des parcelles à l’aide de drones ou robots notamment.

 

* * Trois points que nous retenons de cette journée * *

Le numérique permet de transcender les frontières et de libérer les communications, il s’agit donc d’un enjeu essentiel pour les agriculteurs, souvent isolés géographiquement. Le numérique devra permettre pour l’agriculture des réseaux plus informels, moins institutionnels et pyramidaux et l’échange de bonnes pratiques entre les agriculteurs, qui ont souvent chacun développé leurs propres astuces et techniques. On peut donc imaginer de nouveaux modes de communication, de formation et de conseil en ligne. Nous avons vu l’exemple de la plateforme en ligne WeFarmUp, qui permet aux agriculteurs de louer leurs matériels à leurs voisins, avec des avantages à la fois économique, puisque cela permet d’éviter l’achat de matériel et le recours à des loueur privés plus coûteux, et écologique, grâce à la mutualisation de matériel localement.

D’autre part, le numérique devient un outil pour aider les agriculteurs à récolter et exploiter des données sur leur exploitation et mieux en gérer le fonctionnement, et pas seulement grâce aux applications de la Smart Agri. Nous pouvons citer l’exemple de l’acquisition de données concernant la demande en azote ou la floraison de parcelles par drones d’Airinov, membre de Durapole comme Verteego, l’acteur de l’agriculture de précision pour la viticulture Fruition Science, ou encore le progiciel d’Energiency, encore un membre de Durapole ! qui récolte et restitue les données de consommations énergétiques pour l’industrie agro-alimentaire. Ekylibre nous a d’autre part présenté sa plateforme libre en open data en ligne de gestion des données d’exploitation, à la fois économiques et agronomiques, simplifiant la gestion de leur exploitation des agriculteurs. Ces innovations permettent aux agriculteurs de connaitre plus précisément leur exploitation et de mieux la gérer : épandage rationnel de pesticides et de fertilisants, utilisation raisonnée d’énergie, irrigation optimisée, etc.

Enfin, l’agriculture numérique permettra d’améliorer la qualité de vie des agriculteurs. Emboîtant le pas aux trayeuses automatisées du siècle dernier, les robots se démocratisent dans les exploitations agricoles : contrairement aux idées reçues, ceux ci permettent d’alléger le travail des agriculteurs et augmenter leur productivité sans avoir d’incidence pour autant sur la création d’emploi au sein de leurs exploitations. Nous avons par exemple découvert les robots de Naïo Technologies destinés au désherbage et au transport de récolte pour les maraîchers : le travail de récolte devient moins usant et des données (humidité, etc.) concernant les plantations sont recueillies.

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L’agriculture de demain devra être collaborative, moins consommatrice d’intrants et plus de connaissances, à la fois locale et globale, elle devra répondre à la demande grandissante de qualité et de traçabilité de ses produits et devra être plurielle, à la fois concernant ses acteurs, en étant toujours plus inclusive, et les formes qu’elle prendra (fermes verticales, urbaines, jardins partagés…). Pour accomplir cette transition, la créativité et l’innovation sont essentielles et le numérique est un outil indispensable pour répondre à ces besoins.

Toutefois, pour une utilisation optimale du numérique par les agriculteurs, il parait nécessaire d’assurer à tous une bonne connexion Internet sur leur exploitation, ce qui est encore loin d’être acquis…

 

Vous pouvez d’autre part lire, ou relire, notre blog post sur l’élevage connecté.